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FSM 2005

LES AUTEURS


Michel Sauquet


Rapports
Diplomatie non gouvernementale - rôle des ONG dans le débat public et les négociations internationales

Gouvernance, sécurité et souveraineté alimentaire

Atelier-visite de l’Inde rurale et urbaine (région de Pune)

Vers une "Coalition pour un Parlement Mondial"

Paix et sécurité en Asie et dans le monde

Comme obtenir le meilleur de chacun ?

Chine, gouvernance et société civile

Réunion du chantier Vision globale d’une socio-économie solidaire, Mumbai

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Atelier sur l’édition indépendante

1.1.contexte et présentation générale

Cet atelier a été organisé par l’Alliance des éditeurs indépendants, essentiellement pour aider à la constitution d’un réseau d’éditeurs indépendants indiens, sur la suggestion d’Indu Chandrasekar, fondatrice et directrice des éditions Tulika (New Dehli). Indu avait été indiquée il y a quelques mois par nos partenaires de Zed Books comme un contact fiable en Inde, puis MS l’avait rencontrée en octobre 2003 lors d’une mission Coordination Sud. Elle avait alors réuni quatre éditeurs indiens, nous l’avions invité à venir à Dakar, où l’idée d’un atelier FSM avait été confirmée, et elle est en train de devenir membre de l’AEI. Indu est de toute évidence un éléments les plus dynamiques de l’AEI. Alexandre et moi, présents à l’atelier, avons pu mesurer son degré de connaissance et d’adhésion aux principes et aux mecanismes de fonctionnement de l’AEI.

L’appel a participer à cet atelier a été fait par trois voies : d’abord les invitations personnelles faites en Inde par Indu auprès des maisons d’édition dont elle pense qu’elles pourraient constituer progressivement le réseau indien dont elle rêve. Ensuite la mention même sur le programme du forum. Enfin l’invitation a été lancée par le directeur de l’AEI à l’ensemble des membres de l’AEI, dont nous savions que, sauf exception, ils ne seraient pas présents à Mumbai, mais qu’ils pourraient y déléguer des amis.

Une quarantaine de personnes ont participé à l’atelier, ce qui, de notre point de vue, est loin d’être négligeable. Parmi eux, plus de la moitié étaient directement concernés par l’édition ou le monde de l’écrit :

•sept ou huit éditeurs indiens (nous n’avons pas pu tous les identifier) parmi lesquels Indu Chandrasekar (Tulika, Dehli), Srinivasa Rao (Prajashakti book house, Haiderabad, une maison qui publie en anglais et dans la langue de l’Andra Pradesh, le Telugu), John Anugrara (Pipal Tree, Bangalore), Shivani Ganesh (Popular Prakhashan, Mumbai), deux collaborateurs de Makarand Paranjapee dont il faut que je retrouve les coordonnées, l’une d’entre eux étant également chief editor d’une maison d’édition de Dehli (India Log), Shilong (3SA’s press, Dehli, coordonnées à retrouver), Ravikant du SARAI (Center for the study of developing societies, coordonnées à confirmer, structure d’édition sur web et papier), un éditeur de Bangalore spécialisé dans l’édition pour la jeunesse, etc. La plupart de ces éditeurs sont venus sur la suggestion de Indu, qui, par ailleurs, a déjà proposé à plusieurs autres, non présents au FSM, de rejoindre son réseau.

•Un éditeur malaysien, Chong Ton Sin, du SIRD (Strategic info research development à Selangor), qui publie en anglais, en langue malaysienne et en chinois (possiblement intéressant à la fois pour le réseau anglophone de l’AEI, le réseau sinophone et un éventuel futur réseau sur la langue quasi-commune entre la Malaysie et l’Indonésie ;

•deux représentants de la fondation Feltrinelli en Italie (voir coordonnées chez AT) et la vice-présidente de l’Union helvétique des médias, liée aux éditions Comedia, spécialisées dans les livres sur les médias ;

•une universitaire philippine, qui a pris la doc et paraît disposée à la diffuser auprès d’éditeurs de son pays ;

•des étudiants américains, quelques autres Indiens ou non-indiens non identifiés, Edith Sizoo, Larbi, Oriol, etc.

1.2.L’atelier AEI et les questions d’éthique

Indu, Alexandre et moi avons présenté assez longuement les objectifs de l’AEI et l’esprit dans lequel elle travaille. Les questions d’éthique ont évidemment été au centre, puisque tous les éditeurs membre de l’AEI sont des éditeurs engagés. La déclaration de Dakar 2003 (réunion générale de l’AEI), que nous avons largement distribuée non seulement à l’atelier, mais aussi sur le stand d’Indu, a intéressé les participants. Rappelons que bien des éléments de cette déclaration constituent déjà en eux-mêmes, comme me l’a fait remarquer Edith Sizoo deux jours après l’atelier, une forme de déclinaison des principes de la charte des responsabilités promue par l’Alliance 21 : affirmation du rôle et de la responsabilité de l’éditeur dans la diffusion d’idées et de propositions de changement ; insistance sur la double nécessité de la « bibliodiversité » et de la recherche de valeurs communes pour la diffsuion des idées ; affirmation de la necessité de se battre pour la liberté d’expression et pour promouvoir l’esprit d’association contre l’esprit de concentration ; engagement à poursuivre et à développer les processus de coéditions et de traduction selon un mécanisme solidaire humainement et financièrement ; insistance sur la production locale ; engagement à contribuer, en tant que collectif d’éditeurs de 36 pays différents, à la construction d’une société civile mondiale...

Autre point concernant l’éthique et l’environnement : un des participants a posé la question du type de papier utilisé par les éditeurs membres du réseau et suggéré un recours plus fréquent au papier recyclé ou au « hand-made paper » indien. Une question difficile pour des petits éditeurs coincés financièrement, puisque ce papier coûte souvent plus cher, y compris en Inde, que le papier industriel classique.

1.3.L’atelier AEI et les questions d’économie

Ont été explicités au cours de l’atelier les mécanismes de commerce équitable dans le domaine du livre, tels qu’expérimentés, notamment, sur la collection Enjeux Planète où les éditeurs du Sud supportent une charge financière moins grande, dans le processus d’édition en commun, que ceux du Nord. L’idée de promouvoir, dans un esprit d’association, des formules nouvelles de mise en commun de certain moyens pour obtenir des économies d’échelle rejoint directement la préoccupation des éditeurs présents, qui sont tous des éditeurs de petite taille menacés par la concurrence des gros. Ainsi le futur réseau indien d’éditeurs indépendants pense-t-il mettre en commun des moyens de distribution, faire un catalogue commun, multiplier les mailing list communes, avoir une présence pour compte commun dans les foires du livre, contribuer à l’idée d’un troc de droits au sein de l’AEI, etc.

1.4.L’atelier AEI et les questions de gouvernance dans la construction d’alliance

Le mode de gouvernance de l’AEI, selon ce que me disait Pierre Calame après l’atelier, constitue une référence très importante dans la politique d’appui de la FPH à la construction d’alliances citoyennes : un secrétariat executif très réduit, soutenu par une association à but non lucratif, et une politique déterminée collectivement par une assemblée des alliés constituée sans formalité excessive, dont les orientations sont entérinées officiellement par le bureau de l’association. Dans ce système, la légitimité prend le pas sur la légalité. Une démocratie effective est pratiquée non par un système de vote formel pour élire des représentants officiels de chaque région du monde qui participeraient, très régulièrement, à des instances officielles figées, mais par une communication permanente entre les membres via le secrétariat exécutif, par un aller et retour très dense, avant les réunions générales, pour valider et retoucher les méthode,s par la cooptation, lors des réunions générales, d’animateurs-communicateurs-porte-parole par aires linguistiques, qui se proposent d’être, pendant deux ans, les points focaux pour leur aire propre, certains chantiers thématiques pouvant également être animés de manière transversale par un membre du réseau.

Les membres de l’AEI sont des éditeurs ou des réseaux d’éditeurs. Lorsqu’un réseau national veut rejoindre l’AEI, il est convenu qu’il est membre en tant que réseau, mais que quelques-uns de ses membres sont bienvenus à rejoindre aussi l’AEI à titre individuel, à condition de n’être pas trop nombreux. Rappelons que c’est le bureau de l’association AEI qui statue en dernier recours sur l’admission d’un membre. Les trois critères essentiels sont : son indépendance (notion encore en construction après Dakar ; le fait d’être contrôlé par un grand groupe financier ou de communication demeurant rhédibitoire, mais beaucoup d’autres éléments étant à prendre en compte) ; la nature de son catalogue (au moins une partie en sciences humaines) ; son acceptation à signer le contenu de la Déclaration de Dakar. Il a été convenu à Dakar que dans ses décisions, le bureau évidemment tient le plus grand compte de l’avis du point focal de l’aire linguistique. Par ailleurs, l’adhésion à l’AEI suppose un minimum de participartion financière (sur les bases décidées à Dakar) que le candidat est obligé d’accepter.

La constitution du réseau indien, tel que présentée lors de l’atelier et dans les discussions que nous avons eues par la suite avec Indu, va forcément s’inspirer du précédent « L.I.B.R.E », réseau d’éditeurs indépendants brésilien, avec lequel Indu a été en contact à Dakar.

Indu va reprendre contact avec les éditeurs présents à l’atelier et ceux précédemment pressentis. A priori, nous considérons que la balle est dans son camp, et que nous n’avons pas à intervenir pour accélerer ou élargir le processus. Elle va commencer par quatre ou cinq éditeurs de Dehli, puis vise un effectif de dix à horizon pas trop lointain. Nous nous contenterons de communiquer les contacts qui nous viennent par ailleurs. Voir avec elle, par exemple, dans quelle mesure Books for Change (éditeur de Bangalore partenaire de Zed books et coéditeur de la plupart des Global Issues, fortement lié à Action Aid) peut ou non faire partie du réseau indien qu’elle veut constituer, ou les éditions de Makarand. Il a été convenu avec elle que le fait d’avoir à l’AEI une candidature d’un éditeur qui ne souhaite pas faire partie de son réseau, ou qu’elle ne souhaite pas avoir dans le réseau ne rend pas invalide la candidature AEI. Simplement, la participation au réseau indien est vivement conseillée : Indu la conseille vivement, l’AEI la conseille vivement. Mais elle n’est pas obligatoire. En termes de gouvernance, notre fonctionnement est pragmatique : nous nous appuyons très largement sur les relais locaux, meilleur pouvoir de convocation, meilleure force de proposition et d’initiative, mais il n’y a pas de monopole.

 

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