International Network in Environmental Education

Accueil > Εxpériences éducatives > Au delà de comprendre agir : pour une véritable éducation à la (...) > Inde - Des médias alternatifs pour l’Education à l’Environnement

Inde - Des médias alternatifs pour l’Education à l’Environnement

2004, par Sudhirendar SHARMA

Etant donné leur importance, les médias, qu’il s’agisse de la presse écrite ou des médias électroniques, pourraient jouer un rôle capital dans le développement d’une conscience écologique parmi le grand public dans un pays tel que l’Inde. Mais très malheureusement, la presse écrite est essentiellement tournée vers le politique, tandis que l’électronique, propriété de l’Etat, ne peut pas se permettre d’insister sur des sujets qui heurtent le gouvernement. Par conséquent, l’éducation à l’environnement (EE) se limite à un apprentissage sur les beaux arbres et les tigres — qui, entre parenthèses, disparaissent encore plus vite que prévu. Dans ce contexte, on a guère besoin de souligner l’importance du rôle des médias alternatifs, coordonnés par des organisations non-gouvernementales (ONG) compétentes.

En dix ans d’existence, Energy Environment Group (EEG - Groupe énergie environnement) a tenté de créer un média alternatif pour éduquer les différentes couches de la société. Dans sa conception, la stratégie de communication a gardé le "dernier homme" comme cible prioritaire, mais il y est également reconnu que sans une éducation complémentaire des journalistes et des responsables politiques, l’effort d’éducation de l’homme de la rue serait vain, du moins dans le court terme.

SENSIBILISATION DES MEDIAS : EEG a commencé par mettre en place un service de chroniques bimensuelles pour la presse anglophone, qui consistait à éplucher les informations des médias sur l’environnement et en présenter une synthèse aux grands médias. Depuis, la couverture par les médias des sujets sur l’environnement a considérablement augmenté, et 90 pour-cent des journaux nationaux consacrent un supplément hebdomadaire d’une page* à ces sujets : de l’espèce à l’environnement, en passant par les sciences et le développement.

Le chroniques diffusées par ce service sont analytiques, ou alors elles font connaître des initiatives venant de la base, deux domaines où les grands médias ne sont pas bien branchés, et où leur expertise est limitée. Nous en avons récolté des bénéfices : ce service s’autofinance grâce aux rémunérations des journaux. Les articles écrits en anglais sont envoyés à plus de 120 journaux, et, traduits en hindi, ils sont mis à la disposition d’environ 250 journaux en hindi (la langue la plus parlée et plus lue du pays).

On peut juger l’impact de cet effort à partir de la diffusion des journaux en question, qui au total se monte à bien plus de 10 millions de lecteurs. Même s’il n’y a que 10 pour-cent des ces derniers qui lisent ces articles, cela reste un nombre impressionnant et considérable.

Dans le cadre de la sensibilisation des médias, EEG travaille également avec All India Radio, sans doute le réseau radiophonique le plus important du monde avec des diffusions quotidiennes en 120 langues et dialectes et 900 millions d’auditeurs. Grâce à des ateliers organisés régulièrement, un effort est en place pour améliorer la couverture des questions liées à l’environnement. Suite à notre initiative, un certain nombre de stations de radio ont instauré des magazines hebdomadaires d’une durée de 30 minutes sur le thème de l’environnement.

Voilà les investissements à long terme dans l’EE par EEG. Etant donné que la presse écrite et électronique ne cesseront d’exister, tout changement dans leurs thèmes de reportage aura un impact considérable sur l’EE.

INFORMER POUR AGIR : En ce qui concerne le grand public, la stratégie d’EEG au travers des années a été d’orienter l’information de telle sorte qu’elle conduise à "l’action". Cela est bien plus facile à dire qu’à faire. Les masses de littérature sur l’environnement produites mondialement n’ont guère conduit à "l’action". L’approche actuelle, "cosmétique", de l’EE, a donc découragé beaucoup de gens.

C’est peut-être pour cette raison qu’il y a peu de preneurs, parmi les lecteurs grand public, de "littérature écologique". EEG a donc mis en place un réseau de "journaux muraux" ciblés sur les semi-lettrés en milieu rural et semi-urbain. Imprimé en trois langues - hindi, tamoul et oriya - ce journal mural mensuel (une affiche de 50 cm X 75 cm, imprimé sur une face) a plus de 100.000 lecteurs au total. Ces journaux muraux diffusent parmi les lecteurs des conseils pratiques, "à faire soi-même", dans les domaines d’agriculture, de santé, de technologie douce et de bien-être en général. Le succès et la demande des ces "journaux" d’un genre unique nous ont inspiré à lancer de nouvelles éditions en trois autres langues, actuellement en projet.

Les demandes des lecteurs nous ont conduit à publier des manuels et un guide d’options économiques et de technologies en adéquation avec les conditions locales. On couvre des sujets tels que des installations pour faire des économies d’énergie et des logements à coût modéré.

EDUQUER LES RESPONSABLES POLITIQUES : Sans doute l’exercice le plus ardu et exigeant dans toute la chaîne est celui de l’éducation de ceux qui croient "tout savoir". EEG publie des rapports en profondeur sur la problématique du développement. Les rapports déjà publiés ont traité de la politique bancale du gouvernement en matière d’irrigation, du manque d’investissement dans le secteur des énergies alternatives et du manque permanent d’attention aux questions sanitaires.

Des discussions et des tables rondes, organisées périodiquement, tentent de souligner davantage ces problèmes. A défaut de mieux, ces rapports basés sur une recherche minutieuse deviennent des outils pratiques pour les "ONG de campagne" du pays.

COMMENTAIRES : Pour EEG, l’EE est un exercice imaginatif en constante évolution. Nous n’avons pas de "règle d’école" pour obtenir des résultats.


* L’auteur est actuellement le responsable d’un de ces suppléments hebdomadaires, dans le journal "The Pioneer", publié à Delhi, qui fut le précurseur de ce concept il y a trois ans.


Sources : Sudhirendar SHARMA, Director Energy Environment Group, H-12 Old Double Storey FF, P.O. Bag 4, Lajpat Nagar 4, New Delhi 110024, India, Tél. : 91 / 11 / 64 37 479, Fax : 91 / 11 / 64 20 664.

Gisement : Yolanda ZIAKA, Polis - Réseau International en Education à l’Environnement, B.P. 4, 84100 Ermoupolis, Syros, Grèce, Tél. : 30 / 281 / 87804, Fax : 30 / 281 / 87840, e-mail : polis@otenet.gr