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Brésil - L’Education à l’Environnement : Autonomie, Citoyenneté et Justice Sociale

1999, par Marcos REIGOTA

Dans cet article, nous présentons une approche de l’éducation à l’environnement qui donne la priorité aux concepts politiques, philosophiques et culturels ainsi qu’à l’autonomie, la citoyenneté et la justice sociale.

Les éducateurs à l’environnement brésiliens ont ouvert et conquis des domaines significatifs en matière d’éducation à l’environnement, considérée comme une éducation politique visant à une participation citoyenne à la recherche de solutions aux problèmes écologiques locaux, régionaux et mondiaux. Bien que la mise en avant de ces aspects constitue toujours le point de départ essentiel, l’éducation à l’environnement considérée comme une éducation politique a reçu diverses interprétations, comme une mélodie bien connue qui est répétée et continuellement renouvelée, intégrant des lectures et des possibilités révélées par les transformations incessantes dans notre réalité au jour le jour.

L’éducation à l’environnement ne doit pas perdre de vue les défis politiques, écologiques, sociaux, économiques et culturels complexes auxquels elle doit faire face, qu’ils se présentent à court, à moyen ou à long terme. Les idées et les conditions de l’autonomie, de la citoyenneté et de la justice sociale ne sont pas des objectifs à atteindre dans un avenir éloigné ; elles doivent être construites quotidiennement dans nos relations affectives, pédagogiques et sociales. Par-là, je souhaite exprimer l’idée que l’autonomie, la citoyenneté et la justice sociale sont des éléments existentiels et politiques d’une recherche continuelle et incessante et que nous risquons de ne jamais les atteindre complètement, rapidement et définitivement, puisque nous sommes toujours confrontés à de nouveaux changements qui accompagnent les victoires, les défis, les échecs et les progrès inhérents à toute société.

L’autonomie des individus implique la recherche d’une action et d’une pensée uniques et singulières qui caractérisent une personne dans son contexte historique, culturel et politique spécifique. Ainsi, l’éducation, qu’elle soit formelle, informelle ou environnementale, n’est achevée que lorsque la personne qui apprend peut, à des moments clés de sa vie, penser par lui-même, agir en accord avec ses principes et vivre selon ses propres critères. Il s’agit d’être autonome, d’être indépendant ou, mieux encore et tout simplement, d’être.

La quête de l’autonomie implique le risque de se retrouver seul, un état qui contrairement à celui de la "solitude" subie comme un malheur, est une affirmation de l’unicité de l’individu : celui-ci n’est plus une multitude amorphe mais une personne qui a une conscience claire de sa spécificité dans une société collective. Quiconque est familier avec la quête de l’autonomie sait combien elle est difficile et à quel point elle peut être enrichissante et irréversible.

Nous considérons que l’autonomie est un des principes de base de l’éducation. Il serait toutefois naïf de croire que cette approche est intégrée et développée dans les principales institutions éducationnelles, et que tous ceux qui participent au processus éducatif sont des adeptes de ce principe. De nombreux facteurs poussent bien des gens et des institutions à choisir le confort et à adopter les idées, les comportements, les habitudes et les actions considérés comme convenables par la société, en vertu du sens commun.

La citoyenneté occupe une place importante dans les débats sur l’éducation au Brésil. Lorsque nous parlons de citoyenneté, nous nous efforçons de placer l’être humain dans la sphère politique, contrairement à d’autres points de vue mis en avant par les médias qui considèrent parfois le citoyen comme un "contribuable" ou, dans d’autres circonstances, comme un "consommateur". Les citoyens sont plus que de simples consommateurs (et plus que la somme de leurs droits et obligations liés aux produits qu’ils achètent) ou des contribuables (et plus que la somme des leurs droits et devoirs liés aux impôts qu’ils paient).

Nous ne pouvons évoquer la citoyenneté sans penser à l’école, mais il s’agit d’une école qui ne soit pas seulement un lieu où les étudiants passent plusieurs heures par jour pendant des années. Nous devons penser un projet pédagogique, politique et philosophique où les professeurs reçoivent un salaire décent et où les étudiants reçoivent une formation apte à leur permettre de relever les défis politiques et écologiques de notre temps.

"L’école pour tous", un cliché de l’époque des Lumières, reste valable à l’époque postmoderne, même si nous savons que des jeunes qui ont accès à la scolarité sont capables de commettre des actes barbares comme de mettre le feu à des pauvres gens pour tromper l’ennui du samedi soir. D’autres, qui représentent l’élite intellectuelle et politique, ont des attitudes qui ne sont pas moins barbares lorsque, pour demeurer au pouvoir pendant au moins 20 ans, ils sont capables de piétiner une démocratie gagnée de haute lutte ou d’utiliser leur pouvoir et leurs arguments économiques pour manipuler des décisions qui affectent les vies de millions de gens.

L’idée de citoyenneté, fondée sur l’égalité politique parmi tous les membres d’une nation, s’est enrichie de l’exigence au droit à la différence, qui résulte d’une participation politique sans cesse croissante de groupes sociaux qui se sont organisés sur la base de propositions spécifiques et ont rompu avec l’hégémonie du discours unique (homosexuels, Noirs, femmes, peuples indigènes, jeunes, personnes âgées, etc.).

Dans notre exigence permanente d’une citoyenneté locale et immédiate, nous devons intégrer la perspective d’une citoyenneté plus abstraite, plus extensive et plus dispersée, l’idée d’une citoyenneté planétaire. Nous avons besoin d’élargir les frontières et limites réelles et imaginaires du champ spécifique de notre intervention et de notre responsabilité globales. Dans un tel contexte "glocal" (à la fois global et local), l’éducation à l’environnement exige que nous élargissions notre citoyenneté, ainsi que les limites immédiates de notre action et de notre participation politiques.

On a beaucoup parlé de justice sociale, notamment face aux comportements barbares que l’on rencontre tous les jours au Brésil. Dans les sphères universitaires, la philosophie politique a procédé à un examen exhaustif de la question, que nous pouvons résumer par quelques interrogations auxquelles nous nous devons de répondre : Que signifie la justice sociale ? Quelles sont les étapes pour y parvenir ? Comment la pensée écologiste peut-elle soulever de nouvelles questions dans le débat ?

Une société comme celle du Brésil est caractérisée par d’énormes différences sociales, économiques et culturelles. Elle ne deviendra une société juste que s’il y a une distribution équitable des produits sociaux et culturels qu’elle produit. Cela signifie que nous devons considérer ceux qui sont "différents" comme tels et non comme des "égaux". Par exemple, c’est une erreur de croire que tous les Brésiliens qui ont suivi des études de second cycle (égalité) jouissent des mêmes conditions intellectuelles et sociales (droits) et ont les mêmes possibilités d’étudier une profession dans une université publique gratuite.

Une société juste prendrait en compte les différences économiques et sociales réelles entre ceux qui ont accompli un second cycle de scolarité et donnerait la priorité à ceux qui sont dans des conditions sociales défavorisées, ou leur réserverait un certain nombre de bourses, afin que l’université gratuite et publique devienne un atout commun à tous. Cet exemple sera controversé, comme presque toutes les positions qui soutiennent que l’uniformisation et la distribution équitable des biens sociaux sont nécessaires pour mettre en œuvre et préserver la justice sociale.

L’idée de la justice sociale apparaît également dans la définition du développement durable, qui exprime implicitement un souci de justice et d’éthique pour les générations actuelles et à venir. Cette définition qui se trouve dans le rapport "Notre avenir à tous" a été abondamment citée. Cependant, le rapport lui-même souligne que, si l’on veut assurer un développement durable, il faut donner la priorité aux couches les plus pauvres de la population. Nous avons donc élaboré une proposition de développement qui intègre de nombreuses suggestions et débats sur la justice sociale. Mais le terme de "développement durable" est devenu banal et sa signification profonde est masquée pour la grande majorité de la population mondiale.

Si nous considérions la justice sociale comme un simple problème national ou local, nous manquerions une occasion de la situer dans le monde globalisé où tous les rapports ont des résultats et des conséquences spécifiques dans différentes régions du monde. En ce sens, les diverses actions visant à atteindre une durabilité mondiale ne relèveront les défis politiques et écologiques de notre époque que s’ils incluent l’exigence de la justice sociale dans leur argumentation.

La pensée et les actions politiques de ceux qui cherchent l’autonomie et l’unicité en harmonie avec ce qui se déroule dans l’espace "glocal" ont un rôle essentiel à jouer dans la déconstruction et le combat contre la pensée monolithique, homogène, conformiste et néocolonialiste qui est redevenue dominante de nos jours. Il y a bien du travail à accomplir pour mettre en œuvre une éducation à l’environnement qui privilégie les trois éléments inséparables d’autonomie, de citoyenneté et de justice sociale. Et une telle éducation doit élargir de plus en plus ses arguments et ses pratiques. C’est là le seul espoir de pouvoir construire une société durable.

SOURCE : Marcos Reigota, 1998, "Environmental Education : Autonomy, Citizenship and Social Justice", in Environmental Training, Vol. 10, No 22, UNEP, Mexico.
MOTS CLES : Education à l’Environnement ; Méthodologie ; Autonomie ; Citoyenneté ; Justice Sociale.
LOCALISATION : Brésil
REDACTEUR FICHE : Dr Marcos Reigota, rua Nhambiquaras 11, 17 605 030 Tupa, Sao Paulo, Brésil, e-mail : reigotam@zipmail.com.br


SOURCE : Marcos Reigota, 1998, "Environmental Education : Autonomy, Citizenship and Social Justice", in Environmental Training, Vol. 10, No 22, UNEP, Mexico.
MOTS CLES : Education à l’Environnement ; Méthodologie ; Autonomie ; Citoyenneté ; Justice Sociale.
LOCALISATION : Brésil
REDACTEUR FICHE : Dr Marcos Reigota, rua Nhambiquaras 11, 17 605 030 Tupa, Sao Paulo, Brésil, e-mail : reigotam@zipmail.com.br