International Network in Environmental Education

Algérie - Classe verte dans le désert

1er 2004, par Farida Khammar , Thérèse Gernigon-Spychalowicz (Date de rédaction antérieure : 1er 1996).

1. Un prix pour les meilleurs

Béni-Abbès, oasis enchanteresse située dans la wilaya de Béchar, en Algérie, abrite depuis bientôt une décennie une classe écologique créée à l’initiative d’une équipe scientifique et pédagogique qui se donne pour devise de "mieux connaître les zones arides pour mieux les protéger". Cette équipe de chercheurs se fixe pour objectif principal, avec bien évidemment l’aide de supports scientifiques et pédagogiques, une meilleure connaissance de l’environnement saharien et sa protection. Cette expérience est la première du genre en Algérie. Pour les initiateurs de ce projet, il paraît important que les connaissances scientifiques, acquises par l’étude écologique et physiologique des espèces sahariennes aussi bien animales que végétales, soient prises en charge par une équipe d’animation, des enseignants, des élèves et aussi le grand public pour assurer, préciseront-ils, une éducation pour la protection de l’environnement. Le but à atteindre par cette équipe est la réception des enseignants et des élèves désireux de connaître les mécanismes d’adaptation à la vie saharienne. L’animation se fait par les enseignants de biologie de Béni-Abbès ou d’autres oasis et les chercheurs des stations de recherche ou autres. Pour ce qui est du programme de travail, il se résume en la réalisation de panneaux pédagogiques, de diapothèques, de photothèques, de films vidéo, édition de documents à l’intention des enfants et animation du musée, du zoo et du jardin botanique. Il a également été réalisé un chantier botanique allant de la palmeraie au Ksar de Béni-Abbès. Par ailleurs, la classe écologique initie des enquêtes, des concours, et organise des stages de formation sur place, animés par des intervenants venus de différentes wilayas. Après près d’une décennie, le travail réalisé par cette classe a permis la préparation d’un livre destiné au milieu scolaire, en collaboration avec les chercheurs de la station de recherche de Béni-Abbès et les enseignants de la région. Cet ouvrage a pour titre la Vie animale dans le désert : Zoorawa de Béni-Abbès. Pour encourager les réalisations de la "Salle Pédagogique des Zones Arides", la Direction de l’Éducation Environnementale, de concert avec le bureau des Nations unies à Alger, a participé à l’organisation de trois journées de Classe Verte, entre le 1er et le 3 avril 1996, à l’issue desquelles un trophée d’encouragement a été décerné.

2. Classe verte dans le désert sur le thème "eau et santé"

DÉROULEMENT DES JOURNÉES La première journée a été ouverte par le diaporama préparé par le club de biologie. Il s’agissait d’une présentation de l’eau, de la flore et de la faune locales en faisant ressortir les dangers de désertification et de raréfaction encourus par cet écosystème fragile du Sahara. Cette projection réalisée et commentée par les enfants eux-mêmes a permis de démontrer leurs acquis au cours des activités ordinaires de la Salle Pédagogique des Zones Arides. Après l’ouverture officielle des Journées, a eu lieu l’inauguration de la Salle Pédagogique des Zones Arides située dans les locaux du Musée de la Station de Recherches de l’Unité de Recherches des Zones Arides. L’exposition présentait tout d’abord l’historique et les objectifs de la création de cette salle. Dans la salle elle-même étaient présentées les activités du club de Biologie grâce à des photographies prises au cours des activités et les réalisations (concours de dessin, diaporamas, livre sous presse et films vidéos). Dans la cour attenante, les panneaux exposés étaient consacrés à l’eau dans la région et l’importance de sa pureté et de son économie. Les enfants étaient invités à raconter eux-mêmes l’histoire d’une goutte d’eau. D’autres panneaux photographiques étaient consacrés à la flore locale et surtout au mode de vie des animaux dans leur environnement aride et à une présentation de l’élevage plusieurs fois étudié par les enfants. Le patrimoine culturel n’était pas oublié et la présentation photographique du vieux Ksar clôturait l’exposition. Ces expositions sont restées ouvertes au public pendant les trois journées ; l’exposition de la Salle pédagogique a été tenue en particulier par les jeunes du filet social travaillant au niveau des élevages de la station et par les étudiants en Biologie en vacances universitaires. De 17h à 19h la première table ronde, sur le thème "Eau et santé" particulièrement destinée aux enfants, était animée par le Service de Prévention et d’Hygiène du Secteur Hospitalier de Béni-Abbès. Un exposé succinct sur les maladies transmissibles par l’eau a été présenté avec les méthodes préventives permettant de les éviter. A Béni-Abbès, ce sont surtout les cas d’amibiase intestinale qui sont rencontrés. Dans le débat les nombreuses questions des enfants ont soulevé les problèmes des paramètres de protection, le devenir des eaux usées et le problème de la contamination des nappes d’eau, d’où l’importance du service de la Prévention qui doit contrôler régulièrement les fosses septiques. La matinée de la deuxième journée a été consacrée au Concours de Dessin inauguré par le Représentant des Nations Unies et le chef de Daira, proposé et récompensé par le Secrétariat d’État à l’Environnement et organisé par les enseignants de dessin de Béni-Abbès. Quarante-deux enfants dessinaient ce qu’ils pensaient de l’eau dans leur environnement. Afin d’établir un classement en vue de l’octroi des prix, l’ensemble des dessins, dont la qualité ne peut être niée, a été noté par les enseignants. Dans l’après-midi, le musée de biologie a été inauguré : cette exposition avait été entièrement préparée par les enseignants et le club de Biologie. Très variée (maquette d’une station d’épuration biologique, présentation de la flore et de la faune locale, présentation des fossiles et des outils préhistoriques de la région, artisanat local, ...) et commentée par les enfants, elle a montré que ces derniers sont devenus capables de transmettre le message à d’autres enfants et aux adultes. La visite, très richement commentée par l’Office du Tourisme de Béni-Abbès et animée par le président de l’Association de Solidarité pour le Progrès et le Développement de Béni-Abbès a permis aux invités de découvrir l’histoire du vieux ksar et de découvrir les problèmes d’irrigation de la palmeraie (ancien puits à balancier, palmiers bayoudés, jardins, ...). De 19h à 21h, la table ronde "Eau et désertification" a été coordonnée par le Secrétariat Général à l’Environnement. Elle a été animée par des intervenants de la Direction d’Hydraulique de la wilaya de Béchar. Le public très nombreux et très varié (responsables locaux, scolaires, étudiants, médecins, fellahs, particuliers) intéressé par l’histoire de l’eau de sa région, par les méthodes possibles d’assainissement des eaux usées, posa de très nombreuses questions, montrant combien il était sensible à ce problème crucial de la rareté de l’eau à Béni-Abbès. La troisième journée a permis de réaliser sur le terrain une véritable classe verte. Accompagnés par les invités des Nations unies, des autorités, des associations locales et de leur enseignant, le club de Biologie a pu redécouvrir sur le terrain les différents biotopes déjà étudiés (erg, reg, oued, palmeraie, djebel). L’explication géologique et pédologique, a été faite sur le terrain à Marhouma par les spécialistes ; le fonctionnement de la pompe solaire du puits de Marhouma a été expliqué. Ce fut ensuite la découverte des gravures rupestres et les explications concernant le futur barrage de Marhouma dont l’étude de faisabilité a déjà été faite. Le retour se fit par le site de Tamtert et le km. 30 où se trouvent les Orthocères, appelés "la Muraille de Chine de Carbonifère". Il s’agit là d’un gisement unique par la taille de ces mollusques fossiles qui font partie d’un patrimoine mondial à protéger. Les Hydrauliciens ont confirmé la menace d’une exploitation industrielle, encore récemment demandée et refusée par eux. Ce site est pourtant protégé ... il est important d’être vigilant. La sortie s’acheva par la visite de la cave sismique commentée par le responsable de la station de Recherches. Durant la clôture, chants, danses et sketchs préparés par les enfants ont précédé la remise de la Coupe de l’Environnement au club de biologie de la Salle Pédagogique des Zones Arides de Béni-Abbès. Puis ce fut la distribution des prix aux enfants du concours de Dessin et aux scouts ayant participé à l’animation. Les enfants Sahraouis ont marqué par un dernier concert leur hommage à l’Algérie.

RECOMMANDATIONS
- La Protection de l’environnement et plus particulièrement celle de l’écosystème saharien doit être prise en charge par tous : chercheurs, enseignants, élèves, grand public. Les connaissances scientifiques acquises par les chercheurs au cours des études écologiques et physiologiques sur les espèces sahariennes aussi bien animales que végétales, doivent être transmises à des équipes d’animateurs (enseignants de lycées, de collèges et même du primaire) prenant en charge "l’éducation environnementale" qui doit faire partie de la culture. La réalisation d’un parc naturel au niveau de Béni-Abbès faciliterait cette protection et cette éducation environnementale.
- La sensibilisation à des problèmes vitaux doit cibler d’abord le public scolaire puis le grand public. En zone saharienne, la gestion et l’économie de l’eau (politique générale, mode d’alimentation, recouvrement des coûts...), les problèmes de désertification liés à la sécheresse et au manque d’eau, les problèmes de santé liés à l’eau sont prioritaires. Pour la région de Béni-Abbès, vu la ressource minime en eau, la mobilisation des eaux de surface est conseillée. En raison du problème d’évaporation, une étude de faisabilité doit être engagée en ce qui concerne les digues, les barrages souterrains et les retenues. Une installation de station lagunaire d’épuration biologique est proposée : 70% de l’eau de la source ne devrait servir qu’à l’eau potable. Le développement du goutte à goutte dans l’agriculture doit être favorisé. Des campagnes de sensibilisation par les services de Prévention Sanitaire et par les services de l’Hydraulique, avec des programmes d’action bien définis doivent être menées régulièrement en accord avec les responsables locaux.
- Un projet intégré pour un Développement durable doit associer les partenaires de l’Éducation, de la Recherche scientifique, de l’Hydraulique, de l’Agriculture et de la Santé. Une proposition d’un calendrier de séances de réflexion doit être engagée sous l’auspice des autorités locales.

P.-S.

Références : (1) F. ZOHRA : "Classe verte dans le désert. Un prix pour les meilleurs", paru dans le journal "Le Soir", à Alger, le 26 mars 1996 (2) Farida KHAMMAR et Thérèse GERNIGON-SPYCHALOWICZ : "Classe verte dans le désert", Alger, 14 avril 1996

MOTS CLES : Education à l’Environnement ; Ecole ; Nature ; Protection de l’Environnement. LOCALISATION : Algérie REDACTEUR FICHE : Farida KHAMMAR et Thérèse GERNIGON-SPYCHALOWICZ, Salle Pédagogique des Zones Arides, Unité de Recherche des Zones Arides (U.R.Z.A.), 08300 Béni-Abbès, Algérie, Tél. : 213 / 7 / 82 32 84

Gisement Yolanda ZIAKA, Polis - Réseau International en Education à l’Environnement, B.P. 4, 84100 Ermoupolis, Syros, Grèce, Tél. : 30 / 22810 / 87804, Fax : 30 / 22810 / 87840, e-mail : polis@otenet.gr

SPIP | squelette | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0