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Colombie - L’Education à l’Environnement dans les Communautés en Colombie

1999, par Gina Carrioni , Julia Landazabal

La Corporation pour la Production et la publication de la Science et de la Culture – CORPRODIC – est une Organisation non gouvernementale à but non lucratif, fondée en Colombie en 1990 par un groupe de professionnels de diverses disciplines. Ses activités principales sont la recherche pédagogique, l’éducation de groupes ethniques et de communautés (ethnoéducation) et l’éducation à l’environnement, ainsi que l’édition et la publication d’ouvrages consacrés à ces sujets. A l’heure actuelle, avec le soutien financier de l’organisation internationale ECOFONDO, CORPRODIC mène un projet intitulé "Action et Education à l’Environnement Communautaire", axé sur la jeunesse, les enfants et les adultes, dans la Resguardo de Honduras (une réserve indigène située dans la province de Cauca, en Colombie). Ce projet profite directement aux villages d’El Mesón, de Lomitas et de San José, et indirectement aux villages plus petits qui font partie de la réserve, ainsi qu’à ceux qui sont situés autour du Barrage de Salvaginas.

Le projet a démarré ses activités en août 1977 et poursuit les objectifs spécifiques suivants :
1- restaurer les ressources en eau grâce au reboisement des zones autour des sources, des cours d’eau et des petits ruisseaux qui alimentent les réservoirs d’eau des villages ;
2- restaurer la fertilité du sol en mettant en œuvre des pratiques productives alternatives différentes de celles qui furent menées dans le passé ;
3- créer des organisations de producteurs afin de consolider l’autonomie économique relative de la région ;
4- accomplir des travaux communautaires afin d’établir un rapport respectueux de la nature ;
5- mener un processus d’ethnoéducation pour les adultes ainsi que pour les enfants, qui prévoit la formation d’un personnel enseignant et la création de programmes d’éducation ;
6- Développer et appliquer des connaissances selon une approche culturelle et universelle en vue d’une transformation harmonieuse et une meilleure compréhension de l’environnement.

Réalisations

A ce jour, les résultats suivants ont été atteints :

Activités liées à la restauration des ressources en eau
- La construction et la mise en œuvre de deux pépinières communales d’arbres forestiers et d’arbres fruitiers.
- La sauvegarde d’espèces forestières qui sont menacées d’extinction, comme l’arbre à cannelle, le chêne et des arbres fruitiers comme le chachafruto et l’arbre à pain.
- La production de 40 000 plants d’espèces indigènes et non indigènes ; la production d’arbres forestiers et fruitiers dans les pépinières communautaires avec la participation des adultes et des enfants.
- La récolte, le traitement, le séchage et la préservation des graines indigènes.
- Le reboisement et la protection des quatre micro bassins et la plantation d’environ 15 000 arbres forestiers.
- La constitution de parcelles de terre en vue d’adapter et de sauvegarder des espèces exotiques et indigènes.
- L’utilisation de différents types d’engrais biologiques pour les arbres forestiers.
- Des inventaires pour déterminer l’état de conservation et/ou de détérioration des micro bassins autour des villages.
- Un inventaire de la flore et une étude sur l’utilisation, l’occupation et la redistribution des champs adjacents aux micro bassins.

Activités liées à la restauration de la fertilité du sol
• La construction de fermes communales agroforestières, avec l’introduction de nouvelles techniques sylvicoles et agroforestières, grâce au creusement de tranchées de compost et à des récoltes annuelles d’espèces forestières, pour des variétés d’arbres fourragers, médicinaux et fruitiers.
• La mise en œuvre de pratiques de restauration et de préservation des sols dans la ferme communautaire agroécologique, tels que :
- des tranchées pour le compost, des mélanges de matières biologiques avec de la chaux dolomitique, du fumier de poule couvert de terre, utilisés pour cultiver des haricots verts, le manioc, des haricots noirs et blancs et des calebasses en petites tranchées, avec un épandage d’engrais verts ;
- le creusement de tranchées de rétention et de régulation des eaux avec la participation de toute la communauté à travers les travaux collectifs appelés mingas.
- l’ouverture à El Mesón d’une nouvelle ferme de 3 600 mètres carrés qui a fourni l’occasion d’appliquer les pratiques citées ci-dessus.
• La mise en œuvre de pratiques de régénération de la fertilité du sol (restauration de l’équilibre biologique, physique et chimique du sol) tels que : des engrais biologiques fermentés, des engrais biologiques anaérobies aspergés sur les feuilles, des composés biologiques contre les champignons et les acariens, la culture d’espèces transitoires associées à la couverture végétale avec un minimum de main d’œuvre (utilisées pour les engrais verts), la restauration des variétés et des espèces indigènes (un accroissement de la biodiversité), la constitution d’une banque de semences de plus de 30 espèces indigènes et non indigènes, dont un grand nombre sont menacées de disparaître.

Exemples d’activités liées à formation d’organisations productives
- La formation de leaders de groupes d’action pour mettre en œuvre des pratiques agroécologiques et culturelles.
- La formation du Grupo de Viveristas El Roble (village El Mesón) dans les domaines organisationnels et techniques ; la clarification des valeurs, de l’esprit de responsabilité et de solidarité dans les questions liées à l’environnement, et tout particulièrement du respect des ressources en eau comme un principe vital.
- La constitution et la consolidation de groupes de travail communautaire autour de pratiques pour la protection, la récupération et la préservation des eaux et des sols dans leurs propres groupes culturels dans trois villages.
- L’organisation de rencontres régulières avec le groupe de travail Casa del saber y el pensamiento (Maison de la connaissance et de la pensée) pour trouver des réponses à la question de la relation Éducation-Culture-Développement et pour organiser et prévoir les activités pédagogiques avec les enfants dans la communauté.
- L’organisation de voyages avec les enfants, pour vivre un rapport respectueux avec la nature, observer les aspects et les caractéristiques des différentes plantes, la façon appropriée de faire un compost, pour voir la différence entre les sols forestiers et les sols dénudés, etc.

Activités liées à la réalisation du travail de la communauté
- La participation directe de la plupart des adultes et des enfants en âge d’aller à l’école aux tâches agricoles et forestières.
- Une marche d’une journée (un événement écologique-pédagogique-culturel), et une journée consacrée aux sports dans le village d’El Mesón, avec la participation d’environ 800 personnes, dont des enfants et des instituteurs de 20 écoles situées dans des villages et des réserves indigènes Honduras, Agua Negra et Chimorazo. Au cours de cette journée de nombreuses activités ont été accomplies : on a planté 8 000 arbres, organisé des projections de cassettes vidéos sur les problèmes d’environnement mondiaux et locaux ; on a creusé des tranchées de compost ; on a rempli des sacs de plants ; on a transplanté les plants jusqu’aux serres ; on a dessiné une peinture murale relatant l’événement, avec la participation d’enfants et d’adultes ; une exposition de produits artisanaux, de tissages, de matières culturelles et de photos prises au cours du développement du projet ; on a organisé un concours de dessin et d’écriture sur le thème des problèmes liés à l’environnement avec la participation d’enfants et d’instituteurs ; il y eut aussi des concours de danse et d’expression musicale ainsi que des compétitions sportives entre les différentes écoles.
- Des voyages à la ferme et à la serre d’El Mesón avec les enfants avec les jeunes et les adultes de différents villages et réserves ; des discussions sur l’écologie, les problèmes avec les brûlis, l’entretien et la protection des sources d’eau, l’importance des pratiques agroécologiques.

Activités liées au développement d’un processus d’ethnoéducation
- Deux ateliers sur l’ethnoéducation rassemblant des enseignants, des étudiants et des leaders de différents villages, lors desquels on a abordé des sujets comme l’organisation, la planification, les horaires et le contenu des activités scolaires au sein du projet à travers une réflexion critique sur les pratiques scolaires.
- Des interviews avec des anciens et de jeunes adultes dans les communautés d’El Mesón et de Lomitas concernant : les pratiques culturelles traditionnelles, des informations concernant les histoires et les légendes d’êtres surnaturels ; le processus de fabrication du jigra (un sac à dos fait avec une fibre extraite de l’agave) et ses connotations sociales et symboliques, les rapports avec les phases de la lune ; la récolte du maïs, l’origine des mythes et des légendes, les techniques de moisson, la signification des différents types de mingas, les formes de propriété foncière, la culture du café et de la canne à sucre ; les pratiques traditionnelles concernant les règles des femmes, les femmes enceintes, les naissances et l’avortement ; les types de plantes médicinales utilisées, le nombril, le placenta et leur influence culturelle, les rapports avec les êtres mythologiques de la culture des Nasas ; l’histoire du peuplement de cette terre, les maisons traditionnelles, les coutumes, les migrations ; les différences entre les pratiques et médecines utilisées par le médecin traditionnel, la sage-femme et le guérisseur ; les concepts de territoire, de cabildo (conseil municipal) et de resguardo (protection) ; l’eau, les lacs, les montagnes et les lieux sacrés.
- Des réunions ont été organisées dans diverses communautés pour faire circuler l’information concernant l’état d’avancement du projet.

Activités liées à l’acquisition et à la génération de connaissance et de culture d’un point de vue universel
- Un atelier sur l’activité agroforestière avec la participation d’enseignants, de leaders et de jeunes de 4 villages.
- Deux ateliers consacrés à l’agriculture biologique ont été organisés pour le Grupo de Viveristas (groupe chargé des serres), des enseignants et des jeunes de quatre villages. Les thèmes abordés ont été : l’élaboration des engrais biologiques fermentés et des bioproduits contre les animaux nuisibles et les maladies, les pratiques visant à assurer la préservation des sols et de l’eau.
- Deux évaluations forestières concernant les micro bassins réalisées par le Grupo de Viveristas ; la mise en place d’équipements pour mesurer les volumes d’eau et la pluviométrie ; un inventaire de la flore locale.

Ces activités ont permis d’obtenir les résultats suivants :
- Des solutions techniques pour la production de forêts indigènes avec une importante adhésion de la communauté.
- Les produits des fermes commencent à servir dans les cantines scolaires, ce qui contribue à élever la qualité nutritionnelle des repas des enfants des écoles.
- La récolte et l’inventaire d’une grande variété d’espèces indigènes et exogènes (plus de 100), dont plusieurs étaient menacées d’extinction.
- Un processus organisé de qualification technique de groupes de travailleurs, afin qu’ils deviennent des groupes de travail autonomes dans le domaine de l’environnement, l’entretien des forêts et des vergers.
- La reconnaissance, par les enfants, de l’importance de l’utilisation des espèces indigènes et de la préservation des ressources en eau.
- La formation et la qualification technique d’un groupe de gens qui, au sein du projet, commenceront à agir comme des hommes et des femmes de connaissance, que l’on consulte, et qui diffusent leurs expériences culturelles propres parmi les autres membres de la communauté.
- Nous avons encouragé une attitude positive à l’égard des tâches de protection et de préservation des ressources en eau chez la plupart des habitants de tous les villages impliqués dans le projet. Nous avons développé de nouvelles techniques, différentes de celles qui étaient utilisées dans le passé et qui faisaient partie de la culture (des coupes et des brûlis irréfléchis, un manque de protection des ressources en eau et des sols, etc.). Cela s’est clairement manifesté dans toutes les tâches communautaires concernant le reboisement et dans les attitudes des gens au sein de leurs propres Unités Culturelles.
- Un excellent niveau d’intégration ainsi que d’appartenance et d’appropriation des Scénarios pour l’Education à l’environnement (comme les Fermes communautaires et la Serre El Roble) par les divers groupes de travail et les participants de plusieurs communautés des lieux où le projet était mené. De fait, la construction et la mise au point de ces scénarios pédagogiques a été le résultat d’une collaboration entre les groupes et les membres des communautés.
- Les habitants de ces communautés commencent à comprendre l’importance d’une gestion équitable, intégrale et harmonieuse des sols et des micro bassins.
- Plusieurs réunions ont été organisées pour discuter de l’importance des tâches collectives et individuelles afin d’assurer une meilleure durabilité économique dans la culture de la canne à sucre, pour rationaliser et mettre en œuvre des pratiques agricoles biologiques, en vue de commercialiser la production de la panela (bloc de sucre non raffiné) et de ses produits dérivés.
- La reconnaissance par les participants, les communautés de paysans et les organisations gouvernementales des activités du Projet.
- Le travail accompli par les enfants à la ferme et dans la serre a été transformé en une nécessité et une occasion de leur offrir une formation continue.
- Un inventaire des traditions orales, la reconnaissance et respect dans la communauté pour celles et ceux qui possèdent encore l’héritage culturel et la tradition. Un document rassemblant toutes les données concernant l’inventaire de la tradition orale est en cours d’élaboration et servira de matériel pédagogique pour travailler avec les enfants.
- La génération de liens amicaux entre voisins en vue de partager les pratiques agricoles et de reboisement.


MOTS CLES : Education à l’Environnement ; Aménagement de l’Environnement ; Organisation non gouvernementale ; Grand public.
LOCALISATION : Colombie.
REDACTEUR FICHE : Gina CARRIONI et Julia LANDAZABAL, CORPRODIC, Corporación para la Producción y Divulgación de la Ciencia y la Cultura, Calle 142, No 26-23 (203), Apdo. A. 76020, Bogotá, Colombie, Fax : 216 04 52, e-mail : jlandaza@latino.net.co

Gisement Yolanda ZIAKA, Polis - Réseau International en Education à l’Environnement, B.P. 4, 84100 Ermoupolis, Syros, Grèce, Tél. : 30 / 22810 / 87804, Fax : 30 / 22810 / 87840, e-mail : polis@otenet.gr