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L’Education à l’Environnement, une quête de l’autonomie, de la citoyenneté et de la justice sociale : le cas de l’Amérique latine

2002

Dans ce texte rédigé par Yolanda Ziaka, nous présentons l’approche de l’Education à l’Environnement proposée par le professeur Marcos Reigota, enseignant au Département d’Education de l’Université de Sorocaba au Brésil, qui met l’accent sur ses implications politiques, philosophiques et culturelles ainsi que sur les valeurs de l’autonomie, de la citoyenneté et de la justice sociale. Cette approche s’accompagne d’une analyse critique du mode de développement des pays d’Amérique latine, du mode d’exploitation des ressources naturelles imposé par les pays colonisateurs, du génocide, ou encore de la dévalorisation des cultures indigènes.

Au Brésil, l’Education à l’Environnement est considérée par un grand nombre d’éducateurs comme une éducation politique visant à favoriser la participation des citoyens à la recherche de solutions aux problèmes écologiques locaux, régionaux et mondiaux. Cette approche va de pair avec la tentative de la nouvelle génération d’intellectuels de dépasser l’ambiguïté de leur rapport aux métropoles culturelles, politiques et économiques et de leurs positions nationalistes, pour se positionner face aux défis actuels : la mondialisation, les problèmes écologiques et les revendications des communautés indigènes.

Dès la période initiale du mouvement écologique en Amérique latine, la thème de la participation citoyenne fut largement mis en avant. L’idée était associée à la revendication démocratique, surtout dans les pays soumis à un régime militaire, dont les politiques de développement étaient élaborées et mises en œuvre par des technocrates. Aujourd’hui, cet argument n’est plus limité à des groupes s’opposant à des dictatures, et la participation des citoyens ne saurait plus servir d’excuses à des politiques populistes ou d’autres politiques visant à transférer les responsabilités de l’Etat vers le peuple. La participation du citoyen est comprise comme étant l’action autonome d’individus et de groupes aux niveaux national et mondial.

Le point de départ de cette approche est que l’Education à l’Environnement ne doit pas perdre de vue les défis complexes (politiques, écologiques, sociaux, économiques) qui se présentent à court, à moyen ou à long terme. Les valeurs d’autonomie, de citoyenneté et de justice sociale sont considérées comme des principes de base de l’éducation. Il ne s’agit pas d’objectifs à atteindre dans un avenir éloigné ; ils doivent être construits quotidiennement à l’intérieur des relations pédagogiques, et aussi des relations affectives et sociales.

L’autonomie caractérise une personne qui a une conscience claire de sa spécificité dans une société collective. Pour M. Reigota, l’éducation, qu’elle soit formelle, informelle ou environnementale, n’est achevée que lorsque la personne peut, aux moments clés de sa vie, être autonome, indépendante, exercer une action et exprimer une pensée unique et singulière.

La citoyenneté occupe une place importante dans les débats sur l’éducation au Brésil. Lorsque l’on parle de citoyenneté, on s’efforce de placer l’être humain dans la sphère politique, contrairement à d’autres points de vue mis en avant par les médias qui considèrent parfois le citoyen comme un "contribuable" ou, dans d’autres circonstances, comme un "consommateur". Mais les citoyens sont plus que de simples consommateurs (plus que la somme de leurs droits et obligations liés aux produits qu’ils achètent) ou des contribuables (plus que la somme des leurs droits et devoirs liés aux impôts qu’ils paient).

On ne peut évoquer la citoyenneté, dans le sens d’un projet pédagogique, politique et philosophique, sans penser à l’école, où les élèves doivent recevoir une formation qui leur permette de relever les défis politiques et écologiques de notre temps.

L’idée de citoyenneté, fondée sur l’égalité politique parmi tous les membres d’une nation, s’est enrichie de l’exigence au droit à la différence, qui résulte d’une participation politique sans cesse croissante de groupes sociaux qui se sont organisés sur la base de propositions spécifiques et ont rompu avec l’hégémonie du discours unique (homosexuels, noirs, femmes, peuples indigènes, jeunes, personnes âgées, etc.).

Dans l’exigence permanente d’une citoyenneté locale et immédiate, on devrait intégrer la perspective d’une citoyenneté plus abstraite, plus extensive et plus dispersée : l’idée d’une citoyenneté planétaire. Nous avons besoin d’élargir les frontières et limites, réelles et imaginaires, de notre champ d’intervention et de notre responsabilité. Dans un tel contexte à la fois mondial et local, l’Education à l’Environnement exige que l’on élargisse le sens de la citoyenneté, ainsi que les limites immédiates de l’action et de la participation politiques.

La question de la justice sociale est une question d’actualité dans une société comme celle du Brésil, caractérisée par d’énormes différences sociales, économiques et culturelles. Cette société ne deviendra juste que par une distribution équitable des produits sociaux et culturels qu’elle produit. Cela implique que l’on considère ceux qui sont "différents" comme tels, et non comme des "égaux". Une société juste prendrait en compte les différences économiques et sociales réelles entre ceux qui ont accompli un second cycle de scolarité et donnerait la priorité à ceux qui sont dans des conditions sociales défavorisées, ou leur réserverait un certain nombre de bourses, afin que l’université gratuite et publique devienne un atout commun à tous. Cet exemple sera controversé, comme presque toutes les positions qui soutiennent que l’uniformisation et la distribution équitable des biens sociaux sont nécessaires pour mettre en œuvre et préserver la justice sociale.

L’idée de la justice sociale apparaît également dans la définition du développement durable, qui exprime implicitement un souci de justice et d’éthique pour les générations actuelles et à venir. Mais le terme de "développement durable" est devenu banal et sa signification profonde n’est pas claire pour la grande majorité de la population mondiale. La justice sociale n’est pas un simple problème national ou local, elle devrait être située dans notre monde globalisé, où les relations internationales ont des conséquences spécifiques dans différentes régions du monde. En ce sens, les diverses actions visant à atteindre une durabilité mondiale ne relèveront les défis politiques et écologiques de notre époque que s’ils incluent l’exigence de la justice sociale dans leur argumentation.

La quête de l’autonomie et de la justice sociale, dans un espace à la fois mondial et local, à travers le développement d’une pensée et d’une action politique spécifique, constitue en même temps un combat contre la pensée monolithique, homogène, conformiste et néocolonialiste qui est redevenue dominante de nos jours. Il reste bien du travail à accomplir pour mettre en œuvre une Education à l’Environnement qui privilégierait les trois éléments inséparables de l’autonomie, de la citoyenneté et de la justice sociale. Une telle éducation doit élargir de plus en plus ses discours et ses pratiques pour contribuer à la construction d’une société durable.


Référence :
Marcos Reigota, 1994, "Global Ecology and Environmental Education in Latin America", in Environmental Training, Vol. 5, N° 11, UNEP, Mexico.
Marcos Reigota, 1998, "Environmental Education : Autonomy, Citizenship and Social Justice", in Environmental Training, Vol. 10, N° 22, UNEP, Mexico.
Fiche rédigée par Yolanda Ziaka sur la base des articles de Marcos Reigota cités ci-dessus, également publiés dans le livre Une Education à l’Environnement pour le 21e siècle, (2000, Editions Charles Léopold Mayer en français, et Polis-RIEE en anglais) et dans le bulletin "Dialogues pour l’Education à l’Environnement".