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Un exemple de gestion communautaire des ressources naturelles par des femmes au Sénégal

2002, par Urbain NJATANG

La réserve naturelle de Popenguine, d’une superficie de 1009 hectares, est aussi connue sous le nom de keur Cupaa, du nom du génie tutélaire de la zone Coumba Cupaam. Elle est entourée par un chapelet de 8 villages où vivent près de 40 000 personnes, qui s’adonnent à une exploitation effrénée de ses ressources. Par le décret du 21 mai 1986, la forêt de Popenguine fut érigée en réserve naturelle. En 1987, les femmes du terroir, organisées par le conservateur de la réserve et quelques éléments du corps de la paix (Peace Corps), décidèrent de participer à la gestion communautaire de la réserve.

Le 25 décembre 1988 naquit à l’instigation de Woulimata Thiaw le RFPPN (Regroupement des Femmes de Popenguine pour la protection de la Nature), avec pour objectif la restauration de la réserve naturelle, pour éviter la disparition programmée de ce site de biodiversité du fait d’une intensification de l’action anthropique. Un collectif dit COPRONAT (Collectif des Femmes pour la Protection de la Nature), regroupant 1555 femmes, fut créé en 1995 pour gérer l’espace naturel communautaire. La personnalité du leader, qui a su impulser la prise en charge des activités de restauration sans l’attente d’un encadrement quelconque, a facilité l’appropriation du processus par les femmes.

Les activités de gestion sont diverses : reboisement, clôture de la réserve par des barbelés pour éviter les divagations de bétail, réhabilitation de la mangrove, cordons pierreux, amélioration et exploitation des potentialités touristiques, formation aux techniques de gestion de la réserve naturelle, assainissement, amendement des sols, programme de vente de gaz à usage domestique pour éviter l’exploitation du bois de combustible dans la réserve, plantation de bois villageois, ouverture d’un pare-feu de 6 mètres de large autour de la clôture de la réserve longue de 12 kilomètres, aménagement d’un lac de retenue pour les oiseaux migrateurs, chemins dans la réserve, lutte contre l’érosion par la mise en place de cordons pierreux, traitement des déchets et compostage.

La RNP (Réserve Nationale de Popenguine) a servi de modèle expérimental pour la mise en œuvre d’une approche participative dans la gestion des parcs et réserves au Sénégal. Un protocole d’accord portant sur la gestion de la réserve de Popenguine est signé depuis le 3 juin 1996 entre le RFPPN, le COPRONAT et la Direction des parcs nationaux du Ministère de l’Environnement du Sénégal, consacrant la prise en charge politique de cette initiative par la base. La présidente du RFPPN est l’une des deux présidentes du Conseil rural au Sénégal. Son élection à la présidence de ce Conseil est liée en partie au rôle qu’elle a joué dans la conservation de la réserve naturelle. Grâce à son influence, le Conseil rural accorde une place importante aux questions de genre et d’environnement, par exemple l’accès des femmes et des filles à la propriété foncière (les procédures traditionnelles d’héritage excluant les femmes de ce droit).

Notons que, dans la réserve de Popenguine, les femmes et les filles, une fois formées par les ONG, prennent en charge elles-mêmes leur formation. Les unes sont formées par les autres. Cette formation concerne la gestion durable de la réserve, la protection de l’environnement en général et les procédés utilisés dans l’entretien et l’exploitation forestière, tels que les techniques d’élagage et d’éclaircie. Ceci leur permet de travailler ensuite selon un point de vue écologique et économique. Pour cela, les femmes, réparties en groupes et à travers une écriture communautaire, à l’instar de la cartographie participative, suivent l’évolution de la réserve. Ceci permet de comprendre comment la dévolution de responsabilités aux populations dans le cadre de la gestion de ressources naturelles contribue à une bonne appropriation des politiques de protection de l’environnement.


Référence :
Rapport de l’atelier sur le renforcement des capacités dans l’analyse et l’influence des politiques de Décentralisation et de gestion des ressources naturelles au Sahel.