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Brésil - L’écologie mondiale et l’Education à l’Environnement en Amérique latine

2004, par Marcos REIGOTA

L’année 1992 fut marquée par trois événements dont l’impact se ressentit sur l’écologie mondiale et sur l’Amérique latine : la Conférence des Nations unies sur l’environnement et le développement, le cinquième centenaire de la colonisation de l’Amérique latine et la mise en marche opérationnelle de la Communauté européenne.

Eco-92 fut l’occasion, pour des représentants des gouvernements et de la société civile, d’un débat à l’échelle internationale sur les problèmes écologiques. Cette rencontre capitale représente, vingt ans après la Conférence des Nations unies sur l’environnement humain à Stockholm en 1972, la transition d’une situation où les gouvernements des pays d’Amérique latine prenaient des positions limitées sur les problèmes de l’environnement et des groupes écologistes minoritaires menaient quelques actions, vers une situation aujourd’hui où le débat sur l’environnement et le souci écologique a pris de l’importance parmi les responsables politiques et les décideurs, les intellectuels et les artistes, les églises et les universités, les syndicats et les médias, ainsi que pour les divers mouvements sociaux et le citoyen ordinaire.

Eco-92 coïncida dans le temps avec le cinquième centenaire de la conquête de l’Amérique latine et renouvela l’analyse du mode de développement, du génocide et de la dévalorisation des cultures indigènes, ainsi que de l’exploitation des ressources naturelles imposée par les pays colonisateurs.

Le moment historique actuel se caractérise par la création de nouveaux blocs politiques, militaires et économiques, ce qui ne manque pas d’avoir un effet sur les styles de développement des pays pauvres du Tiers monde. Des exemples de ces nouvelles alliances sont la Communauté européenne, le Traité de libre commerce d’Amérique du nord et Mercosur en Amérique latine. La vitesse à laquelle ces blocs économiques ont été créés dans la région leur a permis de prévaloir sur des propositions plus générales d’intégration continentale qui avaient pris naissance depuis bien longtemps, à l’époque de Bolivar et de José Martí. Ces propositions prenaient en compte des considérations allant du rapport de domination par les pays colonisateurs des nations d’Amérique latine jusqu’à la reconnaissance des identités nationales et latino-américaines de ces dernières, en passant par la valorisation de leurs patrimoines culturels.

Après la Seconde guerre mondiale, et face à la menace nucléaire qui se présentait à la planète et à l’humanité, nous nous trouvâmes dans l’obligation de penser non seulement à notre identité culturelle, mais aussi à notre contribution et notre présence dans le monde. Octavio Paz, dans son oeuvre Le Labyrinthe de la solitude, a marqué une nouvelle étape dans la pensée latino-américaine qui nous place, pour la première fois de notre histoire, aux côtés de tous nos contemporains.

Après la Seconde guerre mondiale, et face à la menace nucléaire qui se présentait à la planète et à l’humanité, nous nous trouvâmes dans l’obligation de penser non seulement à notre identité culturelle, mais aussi à notre contribution et notre présence dans le monde. Octavio Paz, dans son oeuvre Le Labyrinthe de la solitude, a marqué une nouvelle étape dans la pensée latino-américaine qui nous place, pour la première fois de notre histoire, aux côtés de tous nos contemporains.

Au-delà du continent défini par "l’objectivité" de son histoire et sa géographie, l’Amérique latine est aussi un espace physique où des communautés et des individus d’origine africaine, asiatique, indigène et latine s’expriment chaque jour, où naît le conflit de l’incorporation des différentes cultures, produisant de nouveaux territoires intersubjectifs.

Les problèmes socio-écologiques du continent, qui sont liés aux problèmes écologiques à l’échelle mondiale, soulèvent un défi théorique et pratique. Les nouveaux rapports entre les hémisphères nord et sud connaissent forcément une nouvelle période où il faudra apprendre et réapprendre à se connaître. Un dialogue de cette envergure ne sera pas facile, étant donné les positions des pays concernés, positions surchargées de représentants d’intérêts divers qui font obstacle à la compréhension réciproque (mais ne l’excluent pas).

Notre histoire, notre littérature, notre musique, les arts et notre vie quotidienne témoignent de notre ouverture et notre volonté d’accueil des étrangers, ainsi que du bon sens des Latino-américains. Ce sont là des traits qui devraient accroître la viabilité d’une coopération internationale en matière d’environnement, qui bénéficierait le continent comme la planète, sans que nous abandonnions nos principes, nos cultures et nos besoins.

Un certain nombre de mesures concrètes ont été proposées dans ce sens, telles que, par exemple : la participation de professionnels du sud à l’élaboration de projets pour l’environnement et leur développement par des institutions internationales généralement situées dans le nord ; une plus grande décentralisation de l’information et la publication des documents en plusieurs langues ; la diffusion des points de vue du sud ; une révision des paradigmes de développement établis dans les pays du nord.

Dans la période initiale du mouvement écologique en Amérique latine, on présentait toujours des arguments en faveur d’une participation du citoyen. L’idée était associée à la revendication démocratique, surtout dans les pays soumis à un régime militaire, dont les politiques de développement étaient élaborées et mises en oeuvre par des technocrates. Aujourd’hui, cet argument n’est plus limité à des groupes s’opposant à des dictatures, et la participation des citoyens ne saurait être issue de politiques populistes ou de politiques visant à transférer les responsabilités de l’Etat vers le peuple. La participation du citoyen est comprise comme étant l’action autonome des individus et de groupes au niveau national et mondial.

Ainsi, l’enseignement en général et l’éducation à l’environnement en particulier sont la fondation-même de l’élaboration de propositions et d’une action basée sur une écologie mondiale. En ce sens, l’établissement de relations entre les hémisphères nord et sud reposant sur l’équité, la justice et la durabilité, dépendra largement de la philosophie et la qualité de l’enseignement dispensé à la population et aux élites.

La complexité des problèmes de l’environnement en Amérique latine exige la participation de tous à l’élaboration et la mise en oeuvre de projets de développement durable. Et pourtant, jusqu’à présent la participation est principalement le fait des "élites universitaires", ceux qui peuvent accéder à une formation universitaire avancée, et de "l’intelligentsia" qui produit les idées, la connaissance, le comportement et les biens culturels.

Récemment, de nombreux stages de formation en écologie et en environnement ont été lancés au sein et à l’extérieur des universités en Amérique latine. Cependant, on ne peut considérer ces professionnels et spécialistes comme étant les seuls acteurs sociaux responsables des projets de développement durable. Qui plus est, une grande part de ces stages sont fondés sur les paradigmes classiques des sciences et de l’enseignement, sans la mise en oeuvre des changements exigés par ce type de formation.

En ce qui concerne la formation des élites latino-américaines, des changements radicaux doivent se produire dans l’attitude à l’acquisition, la transmission et le transfert de la connaissance. La présence de professionnels du sud dans les universités et les centres de recherches du nord ne devraient pas se limiter à leur rôle de consommateurs de stages de formation ; on devrait leur permettre de participer en tant que membres des équipes pédagogiques et de recherche.

En matière de formation de professionnels dans le sud comme dans le nord, il est essentiel que les programmes aient une approche mondiale, dont l’objectif à long terme serait d’en finir avec le colonialisme culturel, et celui à moyen terme de résoudre les problèmes quotidiens de la population.

En plus du contenu spécifique, il faudra tenir compte des problèmes de langue et du contexte culturel, politique, social et écologique des diverses populations qui participent à ces stages. On devra fonder la pédagogie sur des activités de dialogue, au cours desquelles se confrontent les différentes positions et l’information de tous les acteurs dans le processus pédagogique.

Une formation spécifique en écologie et environnement mondiaux selon ces critères pourrait produire des résultats positifs, bien qu’il soit difficile de l’envisager dans les institutions d’enseignement traditionnelles, où le professeur (du nord) enseigne et l’élève (du sud) apprend. De nouvelles institutions et des stages proposés par l’université devraient établir un type d’enseignement selon lequel on n’apprend pas de quelqu’un, mais plutôt avec quelqu’un.

Un changement dans cette direction dans le système universitaire remettrait en question les structures hiérarchiques de la connaissance et du pouvoir. Peu d’institutions sont prêtes à faire face à une telle situation, ce qui relègue cette possibilité innovatrice à des secteurs qui produisent et diffusent un savoir qui, bien que non sanctionné par des certificats et des diplômes, rend concrètement possible une mise en oeuvre théorique et technique à travers l’action en cherchant à résoudre les graves problèmes écologiques et sociaux de notre époque.


Sources : REIGOTA Marcos, 1994, "Global Ecology and Environmental Education in Latin America", in Environmental Training, Vol. 5, N° 11, Mexico
Marcos REIGOTA, International Academy of the Environment, 4 chemin de Conches, CH-1231 Genève, Suisse, Tél. : 41 / 22 / 789 13 11, Fax : 41 / 22 / 789 25 38

Gisement : Yolanda ZIAKA, Polis - Réseau International en Education à l’Environnement, B.P. 4, 84100 Ermoupolis, Syros, Grèce, Tél. : 30 / 281 / 87804, Fax : 30 / 281 / 87840, e-mail : polis@otenet.gr