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Une formation de formateurs sur l’éducation à l’environnement urbain

1er 2004, par Jean-Louis COLOMBIES (Date de rédaction antérieure : 15 mars 1994).

Une formation de formateurs sur l’éducation à l’environnement urbain L’éducation à l’environnement urbain est une priorité d’action pour le groupe éducation à l’environnement du Centre d’entraînement aux méthodes d’education active (CEMEA). L’EE doit apprendre à vivre la ville, il ne s’agit pas de se contenter de faire comprendre et découvrir les nuisances de la ville, mais de la réhabiliter, surtout auprès de certains publics en difficulté. L’EE en milieu urbain, c’est certes les déchets, le bruit, la pollution de l’air mais c’est aussi découvrir un site, une histoire, des paysages, un patrimoine, une culture voire des cultures, des lieux de rencontre... C’est encore, découvrir et analyser les diverses fonctions de la ville, leur évolution, traquer les multiples réseaux qui passent sous nos pieds et au-dessus de nos têtes, se réap-proprier physiquement des espaces de vie, de jeux, de déplacement.

Dans cette optique, les CEMEA ont monté un projet de semaine d’étude pour formateurs qui vise à :
- cerner les enjeux de l’éducation à l’environ-nement urbain (EEU),
- se repérer dans ses divers thèmes tout en définissant des outils et des méthodes de travail,
- confronter les analyses et les expériences des autres partenaires.

Ce projet a été mis en oeuvre en janvier 1993 (du 23 au 29) dans la région parisienne, avec la collaboration de la ville de Montreuil.

Plusieurs axes de travail ont été définis. Parmi eux, une place pré-éminente a été accordée aux con-naissances, aux représentations de la ville et à un autre axe appelé "des thèmes aux outils".

L’axe consacré aux connaissances visait à faire émerger un cadre commun de référence sur la ville et l’EEU. Ce but a été atteint par des conférences ainsi que par l’expérimentation d’un outil plus original : la "balade à plusieurs voies". Faire s’exprimer et se rencontrer des voix différentes sur la ville en est le principe de base. Les participants ont ainsi pu faire successivement, sur plusieurs jours, trois balades différentes guidées par une élue, une responsable du comité de quartier, un animateur, afin d’échanger sur ces dif-férentes approches. Les guides ont eu, pour un temps déterminé, le choix d’un circuit et ils ont eu carte blanche pour conduire leur balade. Après cette phase, il était nécessaire de mettre en commun tout le vécu du groupe, sans les "guides". Ainsi les regards et les voix se sont croisés et chacun s’est fait une autre idée à travers le débat.

L’intérêt de cette formule simple réside dans le fait qu’elle met en évidence :
- des acteurs et surtout des jeux d’acteurs, à partir de statuts et de rôles différents : un élu local, un militant d’un comité de quartier, un technicien de la ville ;
- des niveaux d’entrée différents qui offrent des clés de lecture de la complexité de la ville, à partir de leurs compétences : un urbaniste, un travail ;
- leur social, un artiste,... ;
- des regards datés qui relativisent, situent les évolutions et les permanences : un historien, un architecte... ;
- et aussi des personnes, avec leurs idées, leurs passions, leurs fiertés ; leurs angoisses, leurs sensibilités et leurs contradictions.

Dans le cadre de l’axe "des thèmes aux outils", il s’agissait de passer d’une démarche de découverte à la cons-truction des outils pédagogiques. Les participants ont travaillé sur le thème "transport et circulation". En groupe, avant de partir ils ont fait émerger leur a priori, leurs représentations. Qu’allaient- ils voir sur ce thème ? Et puis le terrain, un circuit à pied en sortant du métro. Ils ont déambulé, noté, regardé, sont revenus en bus. Ils ont ensuite remis en commun les choses diverses qu’ils avaient vues. Un rendez-vous avait été pris avec deux personnes sources : les responsables de la voirie et de la sécurité routière de la ville. De cette confrontation, ont été retirées des informations, des questions, des confirmations mais aussi de nouvelles pistes, en prenant un peu de distance, et en faisant attention à ne pas se perdre dans la technique. Les enjeux pointent leur nez :

- la circulation est omniprésente en ville, elle organise l’espace, elle est enjeu de pouvoir mais aussi de civisme ; - le déplacement c’est aussi la liberté de l’individu, un progrès dans l’histoire ; - la circulation illustre la complexité de la ville, nécessite de gérer et d’apprendre à concilier des logiques différentes : piéton-automobiliste, enfant-adulte, riverain-commerçant ;
- en ville on ne marche plus, on ne sait plus estimer les distances et le temps nécessaire ;
- les déplacements autonomes posent les problèmes de la lisibilité de la ville et la maîtrise des éléments du déplacement (plan, orientation, signes...) ;
- il n’y a pas un seul bon mode de déplacement en ville si l’on prend en compte l’ensemble des facteurs. Pour faciliter la prise de conscience sur ces enjeux, des outils ont été imaginés qui favorisent l’apprentissage des déplacements urbains, des jeux de sensibilisation pour balades, rallyes urbains, des exercices- jeux d’observation et un grand jeu de rôle : le procès des moyens de transport.

L’axe "les représentations de la ville" a été choisi parce qu’en matière de milieu urbain, les représentations que nous avons de celui- ci jouent un très grand rôle. Aussi, il est indispensable d’aider des formateurs à aborder cette question y compris pour eux- mêmes. Pour cela, un vieil outil des stages "nature", "le petit milieu personnel", a été adapté : choisir un coin de ville, y revenir à différents moments, réaliser un "poster", échanger avec les autres sur ses perceptions.

On ne cesse pas de répéter que l’EE ne concerne pas seulement la nature... Et pourtant l’EEU doit encore beaucoup être développée. La problématique et les outils proposés par le CEMEA donnent des idées originales aux éducateurs qui sont désemparés devant la complexité du sujet de la ville. Les entrées qu’ils proposent permettent de dépasser le regard quotidien et banal qu’on a sur la ville et de comprendre les multiples logiques dont l’enchevêtrement est à l’origine de cette complexité. Con-naître, analyser, mais aussi s’approprier cet espace est la condition préalable pour qu’on puisse y déve-lopper ses propres visions et s’engager dans leur réalisation.

P.-S.

Source : Jean-Louis COLOMBIES, CEMEA, 1 Chemin de Colasson, 31100 Toulouse, France

Rédacteur-Contact : Georgia LIARAKOU, Dionysou 7, 18533 Pireaus, Grèce

Gisement Yolanda ZIAKA, Polis - Réseau International en Education à l’Environnement, B.P. 4, 84100 Ermoupolis, Syros, Grèce, Tél. : 30 / 22810 / 87804, Fax : 30 / 22810 / 87840, e-mail : polis@otenet.gr

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