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Education et environnement : cheminement de lecture et d’expériences pour un support conceptuel

1er 2004, par Dominique COTTEREAU (Date de rédaction antérieure : 15 septembre 1994).

Je suis d’un bord de mer, ou peut-être d’un bord de terre, et d’un bord de l’air... là où les vagues s’éclatent sur la roche, là où la terre s’efface sous les eaux, là où le goéland s’amuse d’un contre-courant. Je suis du pays des ajoncs et de la bruyère, du pays des tempêtes et des brises légères, du pays des marins et des rêveurs solitaires. Vous l’aurez compris, je suis d’une région dont la beauté sauvage ne me laisse pas insensible. Et sans doute est-ce la raison profonde qui me pousse à la réflexion éducative dans le domaine de l’environnement. Eveiller les consciences à la problématique écologique (au sens le plus large du terme), telle est la visée globale de mon travail. De profession animatrice en classe de mer, voilà quelques an-nées que j’essaie de donner un support théorique à ma pratique pédagogique. Et c’est ce cheminement tout personnel au milieu des livres, des travaux scien-tifiques, des données conceptuelles et des comptes rendus d’expérience que je vais retracer dans cette fiche.

La question première à mon travail - que je faisais émerger de ma pratique quotidienne - était celle-ci : comment rendre sensible et durable la rencontre entre l’enfant et la mer ? En d’autres termes : comment créer un rapport "écologique" entre les enfants et l’environnement ? Pour clarifier le vocabulaire utilisé, je commençai par chercher une définition des termes "milieu" et "environnement" souvent employé synonymement. Puisant aussi bien dans des écrits de biologistes que de psychologues, de géographes que de sociologues, d’historiens que de pédagogues, j’ai vu, en fait, l’environnement se qualifier de : général, statique, subi, extérieur, impersonnel, objectif ou commun ; tandis que le milieu se décrivait : particulier, dynamique, actif, intérieur, personnel, subjectif ou singulier. Positionnant même l’un par rapport à l’autre, c’est la conception de G. Lerbet, professeur- chercheur en sciences de l’éducation, qui répondit le mieux à mes préoccupations : le milieu serait une sorte de bulle englobant l’individu, caractérisant les relations que celui- ci entretient consciemment ou inconsciemment d’ailleurs, avec cer-tains éléments de son environnement. Si, dans un même espace géographique plusieurs personnes ont un environ-nement commun, objectivement descriptible, leurs expériences antérieures, leurs émotions, leurs projets, bref ! tout ce qui fait leur subjectivité le teinte d’un ressenti propre à chacun. N’est-ce pas le but inconscient de mon apport pédagogique : transformer l’environnement (oubliable) en un milieu personnel à chacun des enfants ! Et, plus largement : la finalité ultime d’une éducation environnementale ne serait-elle pas de reconsidérer la biosphère comme sa propre maison plutôt que comme cadre pédagogique lointain et impersonnel !

Quelle pédagogie pouvait tenter de répondre à une telle ambition ? C’est la seconde question qui orienta mes lec-tures vers des comptes rendus d’expériences et des travaux d’éducation. Il serait trop long ici de reprendre les informations recueillies auprès de pédagogues privilégiant tantôt le déve-loppement de la personne (Freinet, Montessori, Decroly, etc.), tantôt, et plus récemment, la protection de l’environnement (G. et H. Tohmé, A. Giordan et C. Souchon, etc.). Je me contenterai de présenter le travail de G. Pineau reprenant lui- même les écrits de J.J. Rousseau : trois maîtres gou-vernent notre éducation, disait Rous-seau, soi- même, les autres et les choses ; trois types formatifs participent à l’évolution de l’individu, déduit Pineau, l’autoformation, l’hétéroformation, l’écoformation. L’autoformation se construit aujourd’hui principalement dans le champ de la formation pour adultes ; l’hétéroformation est la dominante incontestée de nos systèmes scolaires ; quant à l’écoformation... on ne lui accorde que bien peu d’intérêt. Et pourtant, ne reflète-t-elle pas plus intimement le rapport éducatif qui s’instaure entre chacun et le monde physique dans l’interface du milieu ? J’ai grandi de rêveries cachées, de dialogues avec la lune, d’écoute de chants d’oiseaux et de contemplation des eaux, tout autant que de leçons d’école, d’examens à préparer, de livres à consulter...

Reconnaître que le monde physique peut participer au développement de la personne, c’est faire la part à sa subjectivité, à son imagination dans la rencontre avec l’environnement. Ni illusion, ni folie, l’imagination, au contraire, harmonise notre rapport au monde. Elle explore, reconstruit, compose à partir du passé, décrypte le présent, colore la vie de nos émotions (cf. G. Bachelard, G. Jean, M. Postic). Les poètes, les artistes ou les rêveurs n’ont-ils pas un rapport au monde aussi réel, quoique différent, que les scientifiques ? La nature est une forêt de symboles, disait Beaudelaire, et les enfants ne sont sûrement pas les plus démunis d’imagination (B. Duborgel). Peut-être une pédagogie se doit- elle d’unifier harmonieusement la pensée rationnelle et objective (compréhension des écosystèmes) et l’imagination créatrice et subjective (connaissance intime des choses) ... "La vision scientifique et la vision poétique, loin de s’exclure, se rejoignent pour nous faire percevoir le monde dans sa véritable richesse", écrivait H. Reeves.

De cette investigation théorique, ma pratique pédagogique prit un sens nouveau. L’environnement maritime dut se construire en milieu personnel, l’écoformation trouva place dans des moments de liberté, l’imagination se mit à respirer, quant aux savoirs, ils ne s’en élaboraient pas moins. Cette pédagogie multiplia-t-elle simplement les souvenirs heureux ou participe-t-elle réellement à des modifications de comportement ? Seul l’avenir peut le dire.

Bibliographie :

BACHELARD Gaston, L’eau et les rêves, essai sur l’imagination de la matière, Ed. José Corti, Paris, 1942
COTTEREAU Dominique, A l’école des éléments, Ed. Chronique Sociale, 1994
DUBORGEL Bruno, Imaginaire et pédagogie, Privat, 1992
FREINET Célestin, Les méthodes naturelles, Delachaux et Niestlé, 197
GIOLITTO Pierre, Pédagogie de l’environnement, Paris, PUF, 1982
GIORDAN André et SOUCHON Christian, Une éducation pour l’environnement, Z’éditions, 1991
JEAN Georges, Pour une pédagogie de l’imaginaire, Casterman, 1991
LERBET Georges, L’école du dedans, Hachette, 1992
PINEAU Gaston et al., De l’air, essai sur l’écoformation, Païdeia, 1992
REEVES Hubert, Malicorne, réflexions d’un observateur de la nature, Seuil, 1990
THOME Georges et Henriette, Education et protection de l’environnement, PUF, 1991.

P.-S.

Source : Dominique COTTEREAU, 3, rue Jean Savidan, 22300 Lannion, France

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