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Pierre Calame

La seconde étape de l’Alliance

Première contribution à une ré flexion collective

19 février 2003

Sommaire

A/ La première étape de l’Alliance : un essai de mise en perspective .................................. 4
1. Les premiers pas (1994-1997) ...................................................................................... 5
2. Les tentatives de structuration (1998-1999) ................................................................... 6
3. L’élaboration des " cahiers de proposition " ; la préparation et la tenue de l’Alliance Mondiale de Citoyens (2000-2001) ............................................................................................................................. 8
B/ Des atouts et faiblesses actuels de l’Alliance face à l’évolution des défis du monde : ....... 9
1. Les atouts ................................................................................................................. 9
2. Les faiblesses ............................................................................................................ 11
C/ Perspectives pour la seconde étape de l’Alliance (2003-2010) ........................................ 13
a) Une seconde étape de 7 ans s'achevant par un parlement mondial de citoyens ................ 13
b) Un changement d'échelle amenant à multiplier les alliances ........................................... 13
c) La mise en place d'une gouvernance de l'Alliance réellement adaptée à sa nature et inspirée des principes communs de gouvernance .............................................................. 14
d) La poursuite du travail selon les trois voies géoculturelle, collégiale et thématique ............ 15
e) Une stratégie diversifiée de valorisation du potentiel de propositions issu des cahiers de propositions et de l'Assemblée Mondiale .......................................................................... 15
f) L’élargissement collégial .............................................................................................. 16
g) Le développement d’Assemblées locales, nationales ou régionales de citoyens ............... 16
h) La diffusion, la valorisation et la transposition de la charte .............................................. 17
i) La consolidation d'un système d'information tirant parti des acquis de la première étape .... 17
j) Le développement et la diffusion des outils et méthodes au service de la démocratie ......... 18
k) L’action concertée en direction des médias, des institutions et des pouvoirs politiques ..... 19
l) La valorisation des complémentarités avec les forums internationaux, notamment les forums sociaux ............................................................................................................... 19
m) L'engagement de la fondation sur ce qu'il est le plus difficile de porter et de financer ........ 20


La seconde étape de l’Alliance

Première contribution à une réflexion collective

A/ La première étape de l’Alliance : un essai de mise en perspective

L’Alliance pour un monde responsable et solidaire, devenue en 1999 l’Alliance pour un monde responsable, pluriel et solidaire pour souligner qu’elle privilégiait toujours la relation entre unité et diversité, est née en 1994 et s’est progressivement développée par l’adhésion progressive de personnes et d’institutions de pays et de milieux divers à la " plate-forme pour un monde responsable et solidaire " achevée en décembre 1993. La plate-forme elle-même est le fruit d’un long travail interculturel mené par le Groupe de Vézelay entre 1998 et 1993.

Les travaux du Groupe de Vézelay ont été financés par la FPH, qui a également soutenu la naissance puis le développement de l’Alliance.

Dès l’origine, l’Alliance s’est donnée une vocation, des éléments de méthode et un calendrier.

Une vocation : contribuer à définir et mettre en oeuvre les grandes mutations dont la plate-forme avait souligné le caractère inévitable.

Des éléments de méthode :

1.Promouvoir une démarche progressive privilégiant à tout moment le va et vient entre diversité et unité, entre local et global. Combiner pour cela trois modes d’approches, trois " voies " : la voie " géoculturelle " qui symbolise la diversité des contextes, la voie " collégiale " qui symbolise la diversité des milieux socioprofessionnels, la voie " thématique " qui symbolise la diversité des défis.

2.Ne pas s’en tenir à l’analyse et à la dénonciation mais aller vers des propositions et appuyer ces propositions sur des réalités, des innovations et des expériences concrètes.

3.Entretenir un dialogue permanent entre les trois approches et relier entre elles les propositions, cet effort traduisant l’interdépendance des problèmes et des stratégies de changement.

Un calendrier : la plate-forme proposait l’organisation d’une " Assemblée de citoyens de la terre " en l’an 2000. En pratique elle a organisé une " Assemblée mondiale de citoyens " en 2001.

La vocation, les éléments de méthode et le calendrier de l’Alliance ont défini dès l’origine un style et un état d’esprit. A partir de là, il a fallu " inventer l’Alliance en marchant ".

On peut identifier, au sein de cette première étape " fondatrice " de l’Alliance, 1994-2002, trois périodes :

·    les premiers pas (1994-1997) ;

·    les tentatives de structuration (1998-1999) ;

·    l’élaboration des cahiers de proposition ; la préparation et la tenue de l’Assemblée mondiale de citoyens (2000-2001).

1.Les premiers pas (1994-1997)

C’est l’époque du foisonnement et de l’expansion. Après une première vague d’intérêt manifesté à l’égard de la plate-forme (très vite des signataires appartiennent à plus de 80 pays et la plate-forme est traduite en de nombreuses langues), il faut passer de l’adhésion à un texte à un travail et des engagements communs. Chaque " groupe local " cherche sa forme de travail, les premiers " collèges " naissent (en particulier le " groupe jeunes), la " voie thématique " se structure en un grand nombre de chantiers. La voie thématique est la plus facile à rendre opérationnelle. Chaque chantier est confié à un animateur, en général choisi par la FPH qui finance. Il réunit, sur une base géographique et socioprofessionnelle plus ou moins large, des experts ou des personnes intéressées par le domaine. Des rencontres permettent aux " membres du chantier " de se connaître.

Dès l’origine l’Alliance n’a pas voulu être un mouvement classique, avec des adhérents, des organes, une doctrine, une identité fortement affirmée. Selon une formule très utilisée à cette première période, " l’Alliance ne fermera pas ses portes car elle n’en a pas ". Elle cherche à créer un " être vivant collectif ", intermédiaire entre un réseau (qui ne se donne pas d’objectifs communs et privilégie l’échange) et un mouvement, cimenté par une identité et des statuts. Ceux qui l’ont initiée, qui en ont eu la vision, qui en ont fait la première description, qui en ont proposé la vocation, les méthodes et le calendrier, en un mot ses fondateurs, essentiellement la FPH et une partie des anciens du " Groupe de Vézelay ", ont cherché à en faire un processus de travail collectif unissant les " alliés " - catégorie inévitablement vague -, et faisant travailler ensemble personnes et institutions dans un esprit de tolérance et dans un souci d’efficacité.

Les premiers défis, contradictions et difficultés sont vite apparus, par exemple :

·    la diversité des attentes des premiers alliés, les uns tentés de faire de l’Alliance un véritable mouvement social, les autres plus attachés à un travail d’expert ;

·    la faible visibilité de l’Alliance, incapable par nature  de prendre la parole, de prendre parti, de se manifester ;

·    la difficulté à faire comprendre la nature de l’Alliance ;

·    l’insuffisante diversité socioprofessionnelle des alliés, principalement universitaires ou militants d’ONG ;

·    la place et le pouvoir de la FPH dans l’animation et l’orientation du processus ; la FPH apporte l’essentiel des moyens financiers de fonctionnement ; l’absence de caractère institutionnel et de visibilité de l’Alliance rendent difficile la recherche de financement complémentaires ou alternatifs.

Cette première période s’achève avec la première Assemblée mondiale de l’Alliance à Bertioga en décembre 1997. Cette rencontre révèle les atouts et les handicaps de l’Alliance. Côté atouts : une grande diversité géoculturelle et thématique, un enthousiasme et des méthodes de travail, des esquisses de propositions, l’autonomie croissante de groupes locaux et de chantiers, les premiers cofinancements. Côté handicaps : le caractère flou et opaque du choix des participants, les divergences d’objectifs et de méthodes entre les organisateurs.

2.Les tentatives de structuration (1998-1999)

La structuration de l’Alliance pendant la seconde période se situe sur deux plans : la mise en place et le développement des outils de communication ; l’organisation collective et la gouvernance de l’Alliance.

La mise en place d’outils communs de communication, moyen de dialogue entre les alliés et de visibilité de l’Alliance a été une préoccupation depuis le début, avec la réalisation d’un premier bulletin de liaison. Mais, à partir de 1998, l’abondance des matériaux produits et la diversité des dispositifs mis en place oblige à changer d’échelle. l’Alliance bénéficie pour cela du développement d’Internet – rapidement devenu indispensable compte tenu de son caractère très international qui donner de nouvelles possibilités donc un nouvel élan pour la structuration d’une " société civile mondiale ".  La FPH finance alors la création et le fonctionnement d’une revue en trois langues, Caravane. Elle contribue à la création et à la structuration du site web de l’Alliance et commence à financer le développement d’outils de communications à distance complétant le web : annuaire des alliés, base de données documentaires, premiers forums par Internet.

Cette mise en place, indispensable pour que l’Alliance s’inscrive dans la durée, a aussi un coût du fonctionnement croissant.

L’organisation collective de l’Alliance occupe, pendant ces années là, un nombre d’alliés relativement faible – sans doute moins de 200 – voire dans beaucoup de cas une trentaine. Mais les alliés les plus engagés, les plus actifs. De ce fait ils posent de façon plus explicite que les autres la question de l’orientation collective de l’Alliance. Cette question se révèle particulièrement difficile, voire conflictuelle, pour une série de raisons tenant à l’originalité même de l’Alliance :

·    la transformation de l’Alliance en une institution, avec ses organes de direction et ses règles, risque d’en changer la nature, de la fermer sur elle-même, d’en réduire ce pluralisme et, ce faisant, de la banaliser et lui faire perdre son utilité ;

·    la formalisation des fonctions à remplir montre que l’institutionnalisation de chacune d’elles serait complexe, coûteuse en temps et en argent ;

·    la force de l’Alliance, jusqu’à présent, a résidé dans la continuité de la démarche, garantie par la méthode et le calendrier ; la FPH les a proposés ; les alliés se sont associés à elle sur ces bases. Cette continuité, risque d’être contestée par les organes de direction de l’institution qui naîtrait ;

·    la FPH, dans l’hypothèse de l’institutionnalisation de l’Alliance, garde, du moins pendant un certain temps, " le pouvoir de l’argent ". Elle a explicité en 1996, à la demande des premiers alliés, le rôle qu’elle était prête à jouer dans l’Alliance : elle s’engage à soutenir l’Alliance jusque et y compris l’Assemblée mondiale (encore prévue en 1999-2000) ; elle finance en priorité " ce qui est le plus difficile " : le développement de nouveaux collèges, touchant des milieux fort différents de ceux qui constituent majoritairement l’Alliance ; l’organisation de l’Assemblée mondiale . Qu’arrivera-t-il si les priorités de la FPH et celles qu’établiraient les nouveaux organes légaux de l’Alliance divergeaient ?

Nous n’avons pas su surmonter ces contradictions. Les longs débats de 1988 ont lassé certains alliés qui retrouvaient dans l’Alliance les tensions classiques dans le monde associatif et syndical, qu’ils avaient cru pouvoir éviter. Les débats ont débouché de ce fait sur une solution bancale : l’Alliance ne s’institutionnalisait pas et n’avait donc ni membres formels ni organes de direction ; mais les alliés désignaient néanmoins par vote, sur les bases en candidats qu’ils ne connaissaient en général pas, une équipe internationale de facilitation (EIF), composée de surcroît en partie de salariés de la FPH.

Dès lors que cette équipe a commencé à promouvoir des priorités différentes de la FPH on se trouvait dans l’impasse. La visibilité des perspectives s’est obscurcie, la suspicion s’est installée. Ces tensions et contradictions n’ont pas empêché le travail de l’Alliance de progresser, les propositions de naître et les méthodes de se préciser.

Pendant cette période le contexte international a changé. Isolée lors de sa naissance dans son projet de structuration progressive d’une société civile mondiale, l’Alliance se voit rejointe et rapidement dépassée – du moins en terme de nombre et de visibilité – par des mouvements associatifs de type plus classique, comme ATTAC, dont le succès foudroyant révèle l’aspiration, dix ans après la chute du mur de Berlin, à une résistance collective à l’égard d’une " globalisation néolibérale " qui se déploie sans obstacle.

Beaucoup d’autres mouvements préexistants éprouvent la nécessité de formes nouvelles de coordination pour rendre cette résistance plus efficace. Le succès de la campagne citoyenne contre la négociation plus ou moins secrète de l’AMI (Accord Multilatéral sur l’Investissement), le succès d’actions internationales de boycott, l’impact médiatique considérable des manifestations contre l’OMC à Seattle montrent par ailleurs que le développement Internet change la donne politique et sociale, permet des actions mondiales nées de coordinations éphémères de mouvements sociaux et d’ONG. L’apparition et le succès du premier Forum Social Mondial de Porto Alegre en janvier 2003 va concrétiser ces espoirs.

Ces nouvelles structures et formes d’action amènent à redéfinir la place de l’Alliance dans l’ensemble des dynamiques de construction d’une société civile mondiale. D’un côté elles exercent, par leur visibilité et leur militance un attrait considérable sur beaucoup d’alliés. De l’autre elles permettent de clarifier la place de l’Alliance, tiraillée jusque là entre les aspirations contradictoires des alliés. L’Alliance, processus pluraliste de construction de propositions, se situe en complémentarité et non en concurrence de ces autres dynamiques.

L’affirmation de cette spécificité conduit à insister sur les caractéristiques spécifiques de l’Alliance : l’inscription dans la durée, l’insistance sur les méthodes ; la volonté d’élaborer des propositions consistantes, la recherche du dialogue ; la volonté de refléter la diversité du monde entier.

3.L’élaboration des " cahiers de proposition " ; la préparation et la tenue de l’Alliance Mondiale de Citoyens (2000-2001)

L’énoncé par l’Equipe Internationale de Facilitation (EIF) à l’automne 1999 de priorités divergentes de celles tracées dès l’origine et à la réalisation desquelles la FPH s’était engagée  crée une situation de crise, matérialisée par le refus du Conseil de Fondation de la FPH de voter en 2000 le budget d’appui au développement de l’Alliance. Une nouvelle réunion de l’EIF au printemps 2000 débouche sur un plan opérationnel ambitieux pour 2000 et 2001, comportant un gros effort de diversification des collèges ; la normalisation des méthodes de travail ; l’établissement d’un calendrier serré pour la rédaction d’un grand nombre de cahiers de proposition, l’élaboration  de projets de chartes éthiques spécifiques à différents milieux ; l’organisation, à l’initiative de l’Alliance mais avec une implication très directe de la FPH, de l’Assemblée Mondiale de Citoyens (AMC) en décembre 2001. Cette Assemblée se veut le reflet de la diversité du monde et sa composition est, sur le plan géographique et sociologique, très éloignée de celle de l’Alliance elle-même. Loin d’être une " Assemblée des alliés ", faite de délégués, l’Assemblée ouvre en fait une nouvelle étape de l’Alliance.

Ce plan opérationnel est ressenti par ceux qui avaient le plus investi dans une autonomie de l’Alliance comme une reprise en mains par la FPH et en particulier par moi. Je suis soupçonné d’exercice solitaire du pouvoir

Ce climat n’empêche pas les années 2000 et 2001 d’être particulièrement intenses et productives. La diversification des collèges et des régions du monde introduit des points de vue nouveaux même si les collèges ainsi créés ont toute la fragilité des créations artificielles. La rédaction des cahiers de proposition force à la rigueur. La confrontation des cahiers permet de dégager les grandes lignes stratégiques du changement. L’organisation de l’Assemblée élargit considérablement les réseaux et fait naître de nombreuses innovations méthodologiques, notamment par l’usage des représentations cartographiques. L’Assemblée elle-même, malgré ses difficultés, permet de révéler des convergences insoupçonnées et de débattre d’un socle éthique commun – devenu Charte des responsabilités humaines. Sous l’influence de tous ces élargissements le site web de l’Alliance connaît un enrichissement considérable. Les méthodes de dialogue à distance par Internet se sont diversifiées et rodées.

Avec l’Assemblée Mondiale de Citoyens s’achèvent les engagements moraux que la FPH avait pris dès l’origine à l’égard de l’Alliance. En 2002 s’ouvre pour elle une " période sabbatique ", longtemps différée, qui va lui permettre de faire le bilan de son action et de définir ses orientations pour la période 2003-2010. Cette période pourrait coïncider avec la deuxième étape de l’Alliance.

Dès la fin de l’Assemblée Mondiale, la FPH a clairement " annoncé la couleur " :

·    elle n’entend pas jouer, dans la deuxième étape de l’Alliance, le rôle moteur et central qu’elle a joué pendant la première : les centres d’initiative et les sources de financement doivent se démultiplier. Lasse  de se voir suspecter de rechercher le pouvoir ou d’imposer ses vues, elle ne veut plus s’impliquer que dans la mesure où sa légitimité à le faire est reconnue ;

·    la deuxième étape de l’Alliance est donc une " page blanche " qu’il appartient à chacun de contribuer à écrire ;

·    la FPH n’abandonne pas pour autant une dynamique qu’elle a pris la responsabilité de faire naître ; signe de cet engagement, le Conseil de Fondation vote en avril 2002 des crédits pour lancer un " appel à initiative " permettant d’accompagner financièrement ceux qui veulent écrire cette page blanche. Pour sortir des relations trop personnalisées qui ont marqué dans la période précédente l’attribution de financements pour l’animation des chantiers et collèges et pour l’organisation des rencontres, la FPH rend publics sur le web ses critères de choix et les subventions allouées. Le même souci de transparence caractérise l’appui aux chantiers du pôle " socio-économique " qui se poursuivent activement.

B/ Des atouts et faiblesses actuels de l’Alliance face à l’évolution des       défis du monde : 1. Les atouts

a)Le besoin de construire une société civile mondiale capable de concevoir et conduire de vastes mutations se confirme de jour en jour. L’existence, le succès et les limites des forums sociaux en sont un bon révélateur. La construction d’une " coalition anti-globalisation " a montré une capacité de résistance. Mais cette résistance est vouée à l’échec si elle ne se transforme pas en une " alliance pour une autre mondialisation ". Or, " coalition anti " et " alliance pro " ne répondent pas à la même logique. Il est plus facile de faire face à un défi commun que de construire ensemble des alternatives crédibles. Plus que jamais le " projet d’alliance ", avec ce qu’il comporte de travail dans la durée, d’accueil de la diversité, de confrontation des points de vue, d’élaboration de propositions communes et de stratégies de mise en oeuvre est indispensable. Selon moi, l’Alliance est plus actuelle, plus visionnaire et plus nécessaire que jamais. L’entêtement avec lequel nous avons défendu ces idées d’année en année, le capital de réflexion que nous avons accumulé, la présence forte dans les forums mondiaux pour les nourrir en propositions et les aider à se structurer donne à l’Alliance un crédit moral de plus en plus grand. Quelles qu’en soient les limites et les contradictions c’est une tentative unique au monde.

b)La " charte des responsabilités humaines ", par la manière même dont elle a été construite et par les réflexions menées par les différents collèges, peut devenir un document de référence. Il n’y a pas de gouvernance possible sans une référence éthique commune. Les interdépendances entre les sociétés et avec la biosphère imposent petit à petit aux consciences la définition élargie de la responsabilité sur laquelle la charte est construite.

c)La première étape de l’Alliance a permis de construire un véritable prototype, un modèle réduit du dialogue au sein d’une société mondiale. L’Assemblée Mondiale de Citoyens en a été le symbole à la fois par la diversité de ses participants et pas son déroulement, conçu comme un itinéraire, un raccourci dans le dialogue nécessaire au sein de chaque milieu socioprofessionnel, entre milieux, entre régions du monde, entre défis. Ce prototype a permis, c’est la vocation de tout prototype, d’explorer toutes les contraintes d’un tel dialogue et de tester des réponses adaptées.  Ce prototype permet maintenant d’envisager un changement d’échelle.

d)Les 60 cahiers de proposition et les travaux de l’Assemblée Mondiale de citoyens ont permis de dégager les grandes lignes et les priorités d’un " agenda pour le 21e siècle ", d’énoncer les changements majeurs à entreprendre. Le travail de synthèse de ces soixante cahiers a permis de tester des outils méthodologiques. La mise en délibération des cahiers auprès de l’ensemble des alliés permet d’en tester d’autres.

e)la démarche collégiale a permis en 2000-2001 un élargissement considérable de la diversité sociale et professionnelle de nos approches avec la constitution de noyaux de travail de militaires, de juristes, de syndicalistes, de chefs d’entreprise, d’ingénieurs, de financiers, d’actionnaires, d’élus locaux, de fonctionnaires, etc., au delà de ce qui avait constitué jusque là le centre de gravité de l’Alliance.

f)l’idée d’un processus organisé dans la durée, se dotant d’un protocole de travail stable et d’échéances claires sans pour autant être institutionnalisé semble plus familière aujourd’hui qu’elle ne l’était en 1994. Le web lui-même  s’est développé selon une logique semblable. Les forums sociaux continentaux et mondiaux partagent sur certains points les mêmes intuitions. La nécessité de créer pour ce type " d’être collectif nouveau " un nouveau cadre de pensée et de gouvernance, différent des références politiques, syndicales ou associatives classiques, commence à apparaître plus clairement.

g)Le défi considérable de la mise en place de systèmes d’information en plusieurs langues  entre les alliés et avec le monde extérieur a été relevé. Nous disposons à la fois d’outils techniques adaptés (organisation du site Web, forums électroniques, bases de données gérées à distance) et d’une capacité significative d’apprentissage : la plupart de ces outils ont été perfectionnés plusieurs fois et sont accompagnés de compétences humaines susceptibles de transmettre ces savoirs faire. L'équipe cartographique mobilisée lors du troisième Forum Social Mondial et l’équipe d’écrivains publics (DPH) mobilisée à l’Assemblée Mondiale de Citoyens en sont l’illustration.

h)L’Appel à initiative, lancé par la FPH au printemps 2002 pour aider ceux qui le souhaitaient à commencer à écrire " la page blanche " de la deuxième étape de l’Alliance, a rencontré un succès appréciable. Les réponses à l’appel couvrent les différentes facettes de l’Alliance : la diffusion et la transposition de la charte des responsabilités humaines, l’organisation d’assemblées régionales ou nationales de citoyens, l’organisation de systèmes d’information pour mettre en réseau les innovations, le développement des collèges, l’approfondissement des propositions thématiques. Les réponses montrent aussi que les alliés de la première heure ont conscience de la nécessité de ne plus compter principalement sur les ressources de la FPH. Elles ont aussi permis de découvrir de nouveaux partenaires.

i)Près de 40 % des participants à l’Assemblée Mondiale ont répondu aux questionnaires d’évaluation de Lille alors que pour beaucoup d’entre eux c’était le premier contact avec l’Alliance. La diversité sociale, professionnelle et culturelle du monde qu’a symbolisée l’Assemblée a donc des chances d’être maintenue dans la durée si un effort constant est poursuivi dans cette direction. L’idée d’un Parlement Mondial de Citoyens en 2010 intéresse beaucoup et me paraît plus utopique à condition de commencer dès maintenant à en concevoir et à en débattre les modalités.

j)La crise actuelle du monde, déclenchée par l’unilatéralisme de G Bush, fait la démonstration de l’urgence de mettre en place une gouvernance mondiale légitime, démocratique et efficace que les gouvernements des Etats ne sont pas en mesure même de concevoir. Dans ces conditions les perspectives que nous avons commencé à esquisser ont une particulière actualité : si un gouvernement démocratique mondial n’est pas pour demain la fonction de dialogue, de concertation, de proposition, d’évaluation et de médiation d’une société civile mondiale organisée est irremplaçable.

2. Les faiblesses

a)Le cloisonnement entre les alliés et entre les initiatives demeure. Du fait de la distance et de la dispersion des centres d’intérêt, les alliés communiquent peu entre eux. L’appel au dialogue est souvent peu suivi d’effet, ne serait ce qu’en raison du manque de temps. Malgré son nom, l’Alliance apparaît trop souvent comme une simple juxtaposition de personnes, de mouvements et d’initiatives unis par un même diagnostic, de mêmes intuitions, une même aspiration mais sans former pour autant un tissu social réellement vivant. Les priorités et les contraintes des uns et des autres sont trop différentes pour que l’action commune soit aisée. L’exemple des chantiers du pôle socio-économique où un véritable travail d’interconnexion et de transversalité a été accompli montre que le décloisonnement ne va pas de soi. On n’y parvient que par une action énergique, des méthodes et des moyens humains et financiers en proportion.

b)Faute de temps de ressources humaines et d’argent, la communication entre alliés, depuis un an, s’est trop reposée sur Internet et sur le site web. Dans cette période intermédiaire, nous avons dû interrompre la revue Caravane. Ceux qui la recevaient gratuitement n'ont pas souhaité contribuer à son financement comme l’a montré l’échec de la campagne d’abonnements. Nous avons aussi interrompu provisoirement le " quoi de neuf " qui servait à informer régulièrement les alliés de ce qui était en cours. La FPH, point de passage des différentes informations, reste centrale dans leur rediffusion. Après une période, à son démarrage, où le courrier électronique a paru un outil adapté à nos besoins, son succès foudroyant en fait maintenant la faiblesse. Tous ceux qui ont accès au courrier électronique sont submergés de messages. Dans ces conditions il est difficile d’en faire surnager les informations propres à l’évolution de l’Alliance si celles-ci ne sont pas structurées et synthétisées. Quant au web, il correspond bien à la nécessité de structurer l’information mais il accentue la fracture numérique entre ceux qui y ont un accès facile et économique au web et ceux qui ne bénéficient pas des mêmes moyens. Ce n’est pas non plus le bon moyen de diffuser une information régulière. Dès lors que la FPH a arrêté son soutien à la circulation de bulletins d’information, l’Alliance tend à se défaire.

c)Ce constat nous conduit à deux autres : le coût de fonctionnement de la " maintenance " de l’Alliance et la position passive de beaucoup d’alliés à l’égard de ce fonctionnement. L’entretien d’un système d’informations structurées et multilingues associant à la fois de l’information de fond, comme les cahiers de proposition, des expériences, des informations à mettre à jour comme les adresses des alliés, des actualités, des espaces de débat représente un coût de fonctionnement et de maintenance incompressible. On peut le réduire si tous les alliés jouent un rôle actif dans la construction et la structuration de l’information. Mais il ne faut pas se cacher que l’habitude a été prise que la FPH pourvoie à l’ensemble des frais de fonctionnement. 

d)Le volontarisme avec lequel la FPH s’est engagée en 2000 – 2001 dans l’ouverture des collèges, dans la préparation des cahiers de proposition et dans la préparation de l’Assemblée Mondiale a suscité de l’incompréhension chez beaucoup d’alliés. Cette stratégie avait été explicitée auprès de tous dès 1996. Cette explicitation n’a pas suffi. Sans doute la position centrale de la FPH dans l’Alliance a-t-elle entraîné de nombreuses confusions. De même, a été mal compris le lien entre les cahiers de proposition et les débats au sein de l’Assemblée Mondiale de Citoyens. La préparation de l’Assemblée Mondiale a créé un " effet de calendrier " essentiel pour la production des cahiers de proposition. L’objectif de l’Assemblée n’était pas de débattre de ces cahiers mais d’élaborer un dialogue interculturel et interprofessionnel beaucoup plus vaste. Là encore, les explications écrites n’ont pas suffi. Beaucoup d’alliés auraient préféré que l’Assemblée Mondiale de Citoyens soit une sorte d’Assemblée Générale des alliés et que les discussions au sein de l’Assemblée partent des cahiers de proposition. Il faut donc gérer l’amertume que certains en ont ressentie et réfléchir à la manière de discuter des stratégies dans l’avenir.

e)Résultat sans doute du cloisonnement et de la nouveauté, les cahiers de proposition et l’effort de synthèse de ces cahiers pour dégager les priorités communes pour le 21e siècle ont été encore peu appropriés par l’ensemble des alliés. D’un côté, rares sont ceux qui ont le temps et les capacités d’absorber l’ensemble des matériaux produits pour en faire leur propre synthèse. De l’autre, tous ne sont pas prêts à adopter et à s’approprier une synthèse menée par la fondation (s’agissant du travail sur les cahiers de proposition), ou par moi-même (s’agissant de la synthèse de l’Assemblée Mondiale de Citoyens). Nous n’avons pas encore trouvé les moyens de passer  collectivement de l’étape de diagnostic partagé à l’étape des propositions partagées. Même lorsqu’un dispositif structuré d’élaboration collective des synthèses existe, comme c’est le cas dans le pôle socio-économique de l’Alliance, l’appropriation par tous des conclusions n’est pas simple. Cette appropriation collective reste un enjeu majeur de la seconde étape.

f)L’approche thématique est la plus facile. Jusqu’à présent, l’approche géoculturelle, avec des groupes locaux ou régionaux, à l’exception remarquable du groupe de Sao Paulo, n’a pas été concluante. Nous n’avons pas su, par exemple, brancher convenablement la Caravane africaine sur les alliés existants dans les différents pays traversés. Nous n’avons pas su non plus entretenir les liens prometteurs nés de l’Assemblée Continentale Européenne.

g)L’Alliance est-elle seulement faite de beaux discours. Est-elle incapable de se transformer en action concrète de transformation ? Quelle est la relation entre une réflexion mondiale et l’action locale ? Au cours de la première étape de l’Alliance, l’effort a été fait de repartir des expériences et des innovations portées par les uns et les autres, donc de l’action, pour les mettre en commun et en dégager des perspectives plus larges. Mais l’absence d’institutionnalisation de l’Alliance au plan local a freiné la visibilité des engagements des uns et des autres, ne permettant pas de parole commune issue de l’Alliance. Beaucoup d’alliés en ont souffert, et maintenant que les cahiers de proposition ont été élaborés, le défi qui est devant nous est celui de la capacité à traduire ces propositions en stratégie de changement et en action locale.

h)L’idée de concevoir un mode de fonctionnement différent de celui des mouvements associatifs politiques ou syndicaux classiques est probablement partagée aujourd’hui plus qu’il y a trois ans. Il n’en reste pas moins que la question de la gouvernance de l’Alliance se trouve posée.

i)De même se trouve posée la question de la place de la FPH dans l’Alliance. La FPH a manifesté sa volonté de ne pas " laisser tomber " l’Alliance. Elle se reconnaît une responsabilité morale à l’égard d’un processus qu’elle a contribué très largement à faire naître et à développer. Elle va, dans les tous prochains mois, préciser ses orientations et ses priorités à l’égard de l’Alliance. Elle a le devoir de le faire. Mais si n'émane pas des alliés une vision cohérente pour la seconde étape elle devra définir seule sa stratégie. Or cette vision n’a pas encore émergé.

C/ Perspectives pour la seconde étape de l’Alliance (2003-2010) a) Une seconde étape de 7 ans s'achevant par un parlement mondial de citoyens

L’Alliance se donne une seconde étape de 7 ans qui culmine avec l’organisation d’un Parlement Mondial de Citoyens. Cette étape se décompose en trois périodes :

·    la période 2003-2006 qui s’achève par une rencontre interrégionale arrêtant le cahier des charges de l’organisation du Parlement sur la base d’une double représentation géoculturelle et socioprofessionnelle du monde inspirée de celle de Lille ;

·    la période 2007-2009 qui s’achève par une rencontre mondiale intercollégiale arrêtant la liste des organisations significatives susceptibles d’envoyer des représentants au Parlement ;

·    l’année 2010, année du Parlement. Celui-ci se déroule sur 12 mois. 11 mois de travail à distance et un mois d’Assemblée. b) Un changement d'échelle amenant à multiplier les alliances

L’idée générale, reflétée par le passage de l’Assemblée Mondiale de Citoyens de 2001 ou Parlement Mondial de Citoyens en 2010, est celle d’un nouveau changement d’échelle. C’est ce que nous avons déjà fait à l’origine en passant de la " convention préparatoire aux Etats Généraux de la Planète " de 1993, d’où est née l’Alliance, à l’Assemblée Mondiale de 2001. Nous disposons en 2003 de ce que j’ai appelé un prototype, une Assemblée, des collèges, des chantiers et des propositions, un site web, des outils méthodologiques…  Ce prototype a permis une première exploration de tous les défis d’une telle aventure. Le changement d’échelle ne va pas consister à " faire la même chose mais en plus grand ", d’autant plus que le contexte mondial a lui-même changé. Nous entrons dans une nouvelle phase d’invention où chacune des dimensions de l’Alliance doit explorer les moyens de son propre changement d’échelle.

Ce changement d’échelle ne consiste pas à " faire en grand " ce qu’on a " fait en petit ". C’est plutôt une manière de valoriser de multiples façons toutes ces avancées.

Par exemple, nous avons, en 2000-2001, été capables de créer le prototype d’une vingtaine de " collèges " : paysans, habitants, chefs d’entreprise, ingénieurs, universitaires, femmes, chercheurs, journalistes, actionnaires…Il s’est agi à chaque fois de groupes assez limités mais cela nous a permis de voir l’intérêt de la méthode de travail, de tracer les grandes lignes du contrat social possible entre chaque milieu et le reste de la société. Le changement d’échelle dépend maintenant de notre capacité, dans chaque milieu, à rencontrer des préoccupations proches des nôtres, à trouver un écho dans des réseaux préexistants, à multiplier les alliances.

De même, la méthodologie de l’Assemblée Mondiale de Citoyens peut être transposée à des assemblées régionales ou nationales de citoyens. Nous ne pouvons pour autant espérer que cent, que mille assemblées de ce type naîtront dans les prochaines années. Mais si cette idée d’Assemblée de Citoyens trouve un écho dans telle ou telle région, tel ou tel pays, tel ou tel continent, si elle propose un mode de faire qui rencontre les besoins d’une société dans un petit nombre de cas, si elle est portée par des forces sociales ou politiques le changement d’échelle s’opère de lui-même, de façon sélective. c) La mise en place d'une gouvernance de l'Alliance réellement adaptée à sa nature et inspirée des principes communs de gouvernance

Au cours de l’année 2003 nous mettons en place la " gouvernance de l’Alliance " en lui appliquant les principes de gouvernance qui se sont progressivement dégagés de nos travaux. La philosophie générale de cette " révolution de la gouvernance " est exposée dans le cahier de proposition numéro 9 " principes communs pour une gouvernance adaptée aux défis du 21e siècle ". Ce cahier est déjà traduit et diffusé en  quatre langues.

Je voudrais, pour ouvrir la discussion, suggérer les pistes suivantes :

(1)la gouvernance, quand on sort du cadre des identités nationales, est fondée sur un contrat social. L’appartenance à une communauté se définit par les droits et responsabilités de chacun. L'Alliance n'a pas de " membres " ou " d'adhérents "et la signature d'une plate-forme commune ne confère pas de droits. Ce sont les engagements pris vis-à-vis des autres, c'est la participation  de chacun à l'effort commun, qui font que l’on est " en alliance ".

(2) Alors que la gouvernance traditionnelle se définit par des institutions, des règles et une répartition  des compétences, la gouvernance à venir se définit avant tout par des objectifs, des critères éthiques et des dispositifs de travail. Dès lors :

·    l’objectif de l’Alliance doit être énoncé. C’est le cadre par rapport auquel se définissent les engagements des uns et des autres. Pour moi l’objectif c’est : " construire une société mondiale contribuant à faire face aux défis majeurs du 21ème siècle, à définir et à conduire les mutations nécessaires à la survie et au développement de l’humanité, dans un esprit de responsabilité, de respect de la diversité et de solidarité. Constituer pour cela, par la mutualisation de l’expérience et des connaissances, une force d’évaluation, de protestation et de proposition du niveau local au niveau mondial ".

·    Les critères éthiques découlent de la charte des responsabilités humaines qui devrait, comme nous avons entrepris de le faire pour différentes régions du monde et différents milieux, être transposée à notre cas précis pour constituer la charte de l’Alliance. Cette charte constituerait le " règlement intérieur ". La participation à l’Alliance impliquerait l’engagement à respecter cette charte.

·    Les dispositifs de travail sont constitués des méthodes de travail et des calendriers. Ils devraient donc faire partie intégrante du socle de l'Alliance.

(3)La gouvernance de l'Alliance, comme toute gouvernance, doit être centrée sur la mise en relation : entre le local et le global, entre les milieux, entre les cultures, entre les défis. Nous devons vérifier qu’à tout moment nos dispositifs de travail correspondent à nos objectifs, privilégient la mise en relation, assurent le maximum d’unité et de diversité.

(4) Le principe de responsabilité s’accompagne d’une exigence de transparence et de la nécessité de rendre compte aux autres. Cela s'applique bien sûr à la FPH mais aussi à tous les alliés.

(5) La notion de légitimité de l’exercice du pouvoir et des responsabilités est essentielle. Une action est légitime si elle démontre l’engagement dans l’effort commun et le respect des objectifs, des critères et des dispositifs de travail. d) La poursuite du travail selon les trois voies géoculturelle, collégiale et thématique

Le développement de l’Alliance selon les trois " voies " - géoculturelle, collégiale, thématique – est confirmé. C’est une de ses principales originalités parce qu’elle reconnaît que la diversité du monde ne se réduit pas à une unique dimension. e) Une stratégie diversifiée de valorisation du potentiel de propositions issu des cahiers de propositions et de l'Assemblée Mondiale

Elle devrait me semble-t-il se faire dans plusieurs directions :

(1)la diffusion des cahiers en différentes langues, à la fois par des documents écrits et par la réalisation d’autres supports – CD-ROM, DVD…– qui permettent d’organiser l’ensemble des matériaux accumulés, à partir d’éléments de synthèse comme l’Agenda pour le 21e siècle, en allant ensuite vers les propositions, les expériences à l’appui et les documents de travail. La structuration du site web le permet en partie mais un CD-ROM permet en outre de réunir les outils de " navigation " dans ce matériau (logiciel cartographique, moteur de recherche…).

(2) L’appropriation collective des travaux de l’Alliance pour passer d’une synthèse faite par un petit groupe ou par une personne seule à une lecture " plurielle " de ces travaux. La FPH a déjà indiqué qu’elle était prête en 2003  à soutenir des réflexions collectives dans cette direction.

(3) La confrontation des priorités qui se sont dégagées des cahiers et de l’Assemblée Mondiale avec celles qui se dégagent des travaux et des propositions d’autres mouvements.

(4) Le décloisonnement des cahiers : en 2000 – 2001 la règle du jeu était que chacun travaille dans son coin ; c’est ce qui a permis qu’autant de cahiers sortent dans les délais. Mais il faut maintenant décloisonner. On peut le faire de plusieurs manières. Par exemple en mettant en chantier des cahiers " de deuxième génération ", intégrant sur un thème donné les apports des autres, ou en réalisant des " cahiers transversaux " autour des axes stratégiques qui se sont dégagés de la synthèse des cahiers et de l’Assemblée Mondiale.

(5) La mise en débat locale de l’Agenda ou de l’ensemble des cahiers en créant ainsi une " deuxième génération " des groupes locaux de l’Alliance.

(6) La traduction des propositions en stratégies concrètes de changement. A l’issue de la première étape les propositions en restent souvent à l’état d’orientations générales. Il est nécessaire de les traduire en plans d’action plus concrets à différentes échelles. L’Alliance, par son pluralisme et sa nature non institutionnelle, n’est pas en mesure de mener des campagnes de façon unitaire à la manière d'un mouvement social classique ou d'organisations centrées sur un sujet, comme Greenpeace ou Amnesty International. Mais c’est un espace de relation entre les alliés qui permet à chacun de proposer aux autres une action commune sur laquelle ils s’engagent personnellement. Le respect des objectifs, des critères éthiques et des méthodes de travail devrait être le cadre dans lequel pourrait peut être se définir un " label Alliance " c’est-à-dire le droit de faire référence à l’Alliance et à son logo sans pour autant engager l’ensemble des alliés dans une action. f) L’élargissement collégial

L’expérience de diversification des collèges que nous avons vécue en 2000-2001 me paraît essentielle pour l’avenir. L’existence de produits visibles de l’Alliance, les Cahiers, la Charte des responsabilités humaines et l’Agenda, permet maintenant d’aller plus loin en nouant des alliances partielles, sans les " forcer " à s’impliquer globalement dans l’Alliance, avec des réseaux préexistants (syndicats, associations de scientifiques, réseaux universitaires, mouvements de femmes, réseaux internationaux d’habitants, associations d’élus locaux, réseaux de l’économie sociale, organisations paysannes, mouvements de chefs d’entreprise, etc.) g) Le développement d’Assemblées locales, nationales ou régionales de citoyens

Nous n’avons pas trouvé, dans la première étape de l’Alliance, le moyen de faire vivre de façon durable et féconde, les " groupes géoculturels " de l’Alliance, malgré quelques exceptions. Ils n’ont pas reflété une diversité socioprofessionnelle suffisante. L’implication d’alliés d’une même région dans des chantiers différents ne leur a pas donné nécessairement l’envie de s’unir.

Par contre le mode de préparation de l’Assemblée Mondiale débouche sur une proposition de dispositif de travail à l’échelle locale, nationale ou régionale, celle des Assemblée de Citoyens.  Ce dispositif permet d’avancer selon la méthode des trois voies. Il pourrait être une manière de construire des perspectives communes avec différents réseaux existants. Certains des participants de Lille ont exprimé le souhait d’initier une telle démarche. Ceux de Colombie ont commencé à y travailler. Je crois cette perspective très importante pour l’Alliance. Si d’ici 2010 un petit nombre d’Assemblées de type avaient vu le jour, notamment dans des pays où le modèle démocratique classique est en crise – Argentine, Venezuela, Palestine, Congo, etc. – l’Alliance aurait fait un grand pas en avant. h) La diffusion, la valorisation et la transposition de la charte

C’est le processus de travail qui a une grande valeur. La nécessité d’avoir un socle éthique commun à l’échelle mondiale et que ce socle repose sur une définition élargie de la responsabilité va être reconnue de plus en plus largement.

L’absurdité d’un système démocratique où un président estime n’avoir de comptes à rendre qu’à ses électeurs, d’un système économique où un PDG n’a de comptes à rendre qu’à ses actionnaires, d’un système scientifique où un chercheur n’a de comptes à rendre qu’à ses collègues et son employeur se révèle chaque jour un peu plus.

La diffusion, la valorisation et la transposition de la charte me paraissent donc une priorité de la deuxième étape de l’Alliance. Les perspectives sont multiples, comme pour les cahiers de proposition. Par exemple :

(1) la traduction et la diffusion de la charte en de multiples langues. Beaucoup de participants de l’Assemblée Mondiale sont prêts à prendre des initiatives dans ce sens. Edith Sizoo est prête à coordonner ;

(2) la prise de contact avec des dirigeants spirituels pour travailler à un partage commun et à une large visibilité. Makarand Paranjape va mettre à profit pour cela l’organisation en Inde du prochain Forum Social Mondial ;

(3) l’usage de la charte pour promouvoir une base éthique à l’échelle régionale,  nationale ou locale. Benoît Derenne  et Jacques Onan ont pris une initiative de ce type dans le cadre du débat sur une Constitution Européenne ;

(4) l’élaboration, avec d’autres réseaux, d’une charte éthique dans différents milieux,  dans le cadre de la seconde étape des collèges. Des initiatives prolongeant le travail 2000-2001 sont déjà prises en direction des scientifiques, des cadres et ingénieurs, des universitaires, des entreprises. La Charte apparaît alors comme le fondement du contrat social renouvelé. i) La consolidation d'un système d'information tirant parti des acquis de la première étape

Le système d’information. J’ai dit précédemment ce qui me paraissaient être les forces et les faiblesses de notre système actuel d’information et l’impossibilité pour la FPH d’en supporter seule le fonctionnement. Mais dans un processus non institutionnel comme celui de l’Alliance, le système d’information est la condition de survie, l’équivalent de la circulation du sang dans le corps humain.

(1) L’urgent me paraît être de remettre en place un système régulier d’information, aussi peu coûteux que possible, qui fasse circuler l’information la plus simple possible sur " ce qui se passe dans l’Alliance ". Le devoir de chacun des alliés d’informer les autres de ses initiatives me paraît devoir faire partie du " règlement intérieur " de l’Alliance.

L’information est avant tout mutualisation " de ce qui se passe ". Le " quoi de neuf " réalité tous les 15 jours par Pierre Johnson en 2000-2001 me semble un modèle à reprendre. Cette information très brève, diffusée si possible par Internet, quitte à ce que dans certains cas des relais régionaux ou locaux puissent assurer la traduction et l’acheminement postal, pourrait renvoyer à une information plus complète et des bases de données sur le web, les mêmes relais faisant le service de l’acheminement postal quand l’accès au web est impossible.

(2) Le site web de l’Alliance doit garder sa fonction de " plaque tournante ".    Le développement des techniques et des pratiques devrait permettre dans les toutes prochaines années de décentraliser des parties de la gestion du web, les pôles thématiques et collégiaux prenant en charge la gestion de leur propre domaine. Mais une équipe doit avoir la fonction permanente de  gérer et d’améliorer l’architecture d’ensemble du web, de faire évoluer le cahier des charges commun de tous les sites qui se revendiquent de l’Alliance et auxquels renvoie le site central. Cette fonction de normalisation évolutive me paraît vitale. Elle a pour but d’assurer, comme toute gouvernance, de concilier unité et diversité.

(3) L’animation des échanges entre alliés est une autre fonction des systèmes d’information. Nous avons déjà une expérience diversifiée de forums et de listes de diffusion électronique. Elle montre que ces échanges doivent être très bien régulés pour être utiles. A défaut, l’information n’est plus que du bruit. L’expérience du " forum paix " créé à l’initiative d’alliés autour de Richard Péris et Gustavo Marin après le 11 septembre est particulièrement intéressante. De même celle de l’animation par Marti Olivella et Laia Botey du forum de l’Equipe Internationale de Facilitation élargie (EIFE). Nous aurons besoin que des petites équipes prennent ainsi des responsabilités d’animation et de transfert de leur savoir faire aux autres dans des domaines où les techniques changent vite.

(4) Deux autres notions liées entre elles commencent à prendre forme, au carrefour du web, des systèmes documentaires et des systèmes d’échange d’expérience : celles de centre ressource et celle d’observatoire. A l’initiative d’alliés deux centres ressources sont à l’état de prototype. RINOCEROS (Suzanne Humberset, Françoise Feugas…) sur le développement responsable, pluriel et solidaire, IRENEES (Henri Bauer, Vincent Calame…) sur l’art de la paix. Dans le prolongement du " collège universitaires " un observatoire de la réforme universitaire (ORUS) est en train de voir le jour (Alfredo Pena Vega, Georges Garcia…). Un autre, WEEL, avait été esquissé dans le cadre du " chantier énergie " mais est au point mort. Un autre pourrait naître rapidement autour de l’éducation à l’environnement (POLIS – Yolanda Ziaka).

Avec un cahier des charges commun une constellation de centres ressource et d’observatoires reliés au web de l’Alliance pourrait voir le jour. Elle contribuerait à l’ouverture de l’Alliance, empêchant un repli sur elle-même. j) Le développement et la diffusion des outils et méthodes au service de la démocratie

La réussite de l’intervention de " l’équipe carto " (mise en oeuvre des outils cartographiques de représentation des débats et des propositions développés pour la synthèse des cahiers de proposition et pour l’Assemblée Mondiale) au dernier Forum Social Mondial montre que les méthodes sont fondamentales pour la construction d’un réel débat démocratique. Terra Nova de son côté développe la pratique d’outils de délibération (Delibera). Nous avons adapté pour l’Alliance, en tirant parti Internet, les méthodes de gestion de l’expérience développées avec le réseau DPH. De nombreux efforts sont faits ailleurs encore pour doter la démocratie mondiale à construire d’outils adaptés. Claude Henry pilote au CNRS une recherche menée avec nous et intitulée "Outiller les alliances". L’Alliance doit être dans l’avenir un espace de développement de ces méthodes dans l’esprit des communautés de logiciel libre. Elle doit être aussi et surtout- un espace collectif international de mutualisation et d’apprentissage de ces méthodes, fidèle en cela à l’idée que les dispositifs de travail, au sens large du terme, sont un volet essentiel de la gouvernance de l’Alliance. k) L’action concertée en direction des médias, des institutions et des pouvoirs politiques

L’Alliance, effort de longue haleine, sans porte parole, sans action spectaculaire, sans identité forte, ne correspond pas à la logique d’une société du spectacle et à celle des médias. Néanmoins ma conviction est que le vent est en train de tourner, au fur et à mesure que la nécessité d’une " alliance pour une autre mondialisation " s’impose sans laquelle les actions de protestation et de résistance manquent de perspectives. Mais il n’y a pas d’action centralisée possible en direction des médias. C’est à chaque allié de se dire qu’il a une responsabilité dans ce domaine et qu’il peut s’appuyer explicitement sur l’intelligence collective que représente l’Alliance pour parler et interpeller en son propre nom. Cette visibilité de l’Alliance, pour son efficacité concrète plus que par son action propre, correspondrait à mon sens à sa nature profonde. l) La valorisation des complémentarités avec les forums internationaux, notamment les forums sociaux.

Je crois à la complémentarité de l’Alliance avec les forums internationaux. Ils sont indispensables l’un à l’autre, comme l’a souligné Candido Grzybowski, allié de première heure et un des inspirateurs du Forum Social Mondial, à la clôture de l’Assemblée de Lille. Comment valoriser au mieux cette complémentarité, notamment avec le FSM ?  Sur la base de l’expérience des trois premiers FSM et des premiers forums sociaux régionaux mon point de vue personnel est le suivant :

(1) je suis plus convaincu que la plupart des alliés des limites du style actuel des FSM. S’ils n’arrivent pas à mieux s’organiser, à être plus divers dans leur recrutement et leurs thèmes, plus démocratiques dans leurs débats, plus rigoureux dans l’élaboration d’alternatives, ils s’effondreront rapidement sous le poids de leur propre succès. Cet effondrement serait maintenant un drame, la ruine d’une espérance collective. Il renforcerait l’idée qu’il n’y a pas d’alternative à l’évolution la course actuelle du monde. C’est donc une responsabilité collective de l’Alliance d’aider ces forums à évoluer en le nourrissant de méthodes et de propositions, en donnant une dimension interculturelle et interprofessionnelle à son comité d’organisation…

(2) L’organisation annuelle des forums, à condition de ne pas disperser notre énergie, peut offrir une occasion de faire régulièrement le point des avancées de l’Alliance en faisant en sorte que les alliés qui y participeront soient porteurs non seulement de leurs préoccupations propres mais aussi des avancées de l’ensemble.

(3) Les FSM, au contraire de l’Alliance, sont médiatiques. Ils offrent donc une occasion rare de visibilité de l’Alliance, de ses objectifs, de ses méthodes et de ses propositions, à condition que les alliés s’organisent pour assurer cette visibilité dans cette vaste foire que constitue un forum.

Je pense donc que nous devrions définir ensemble la stratégie de présence de l’Alliance à ces forums : les alliés qui y vont et peuvent être porteurs de l’image et des propositions de l’Alliance ; la diversité à assurer ; la visibilité de l’Alliance,  les événements que nous y organisons seuls ou avec d’autres. Une réunion sur place pendant deux ou trois jours avant les Forums Sociaux permettrait aux alliés présents de faire le bilan des propositions et d’assurer une bien meilleure concertation et visibilité collective. Un certain nombre d’alliés – Gustavo Marin, Siddhartha, Pierre Vuarin, Marti Olivella, Chan Hue Gang ont participé régulièrement ou occasionnellement au comité international du FSM. Nous devons réfléchir à la manière d’assurer continuité et renouvellement de la mouvance de l’Alliance. m) L'engagement de la fondation sur ce qu'il est le plus difficile de porter et de financer

L’implication de la fondation dans la deuxième étape de l’Alliance. Les orientations 2003-2010 de la FPH vont être esquissées en avril 2003 et arrêtées en juin 2003. Je ne peux donc m’exprimer là aussi qu’en mon nom personnel :

(1) au plan éthique, celui de la responsabilité, la FPH ne peut pas se désintéresser de l’avenir de l’Alliance, pour autant qu’il y ait la même volonté du côté des alliés ;

(2) la Charte des responsabilités humaines dit que " la responsabilité est proportionnée au savoir et au pouvoir ". Dès lors que la FPH a encore un poids considérable dans l’Alliance, du fait de l’histoire et de son poids financier et méthodologique, elle a le devoir de rendre compte de façon transparente de sa stratégie générale (ce qu’elle a fait dès 1996) et de ses partenariats et décisions financières (ce qu’elle a commencé à mieux faire depuis l’appel à initiatives du printemps 2002) ;

(3) les orientations que je pense soumettre au Conseil de Fondation sont inspirées des mêmes intuitions que j’ai exposées ici pour la deuxième étape de l’Alliance. Plus que jamais, nous devons utiliser notre indépendance financière pour permettre ce qui est essentiel mais ne trouve en général pas de financement : la construction des liens au service d’une société civile mondiale pluraliste, le travail dans la durée, l’élaboration d’alternatives ;

(4) au delà de l’argent, l’attention portée aux méthodes et aux disciplines nécessaires au travail collectif est une des spécificités et des forces de la FPH. Il faut poursuivre dans cette voie ;

(5) La FPH n’est qu’une des composantes de l’Alliance. Elle a son profil propre. Elle a ses priorités. Elle a ses limites. Sur ce plan je reste fidèle aux orientations qu’a défini le Conseil de Fondation en 1996 : la FPH au sein de l’Alliance doit se concentrer sur ce qu’il est le plus difficile à porter ou à financer,  ce qui ne va pas spontanément dans le sens des mouvements sociaux. Je pense en particulier aux points suivants : aller vers les milieux les plus divers et développer les collèges les plus éloignés du monde des ONG ; aller vers les régions les moins présentes dans l’Alliance, aller non où c’est facile d’aller mais là où se joue largement l’avenir du monde : la Chine, l’Inde, les pays anglo-saxons, l’Indonésie, la Russie, l’Asie centrale, etc. ; faire un effort constant de rigueur, éviter les consensus entre gens qui veulent croire d’avance aux mêmes choses, assumer la complexité des réalités, élaborer des alternatives de façon rigoureuse, avoir des stratégies de changement construites sur le long terme ; prendre une part active dans la maintenance et le développement du système d’information, des méthodes et de leur diffusion ; porter en priorité les propositions qui découlent de l’Agenda pour le 21e siècle, la gouvernance et l’éthique, qui ne sont pas spontanément les priorités des mouvements de la société civile ; soutenir le processus de dissémination de la Charte ; accompagner la mise en place des systèmes d’évaluation de la gouvernance de l’Alliance tels que la mise en oeuvre de la Charte interne, l’audit des outils et méthodes, l’organisation des rencontres annuelles de bilan à l’occasion des Forums Sociaux ; veiller à l’inscription de l’Alliance dans la longue durée, au respect de la continuité et des calendriers, à l’esprit de tolérance et au pluralisme ; contribuer à l’organisation du Parlement Mondial de Citoyens.
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